+ de sports
Retour
Jérémy Bottin, ancien bobeur monégasque.Jérémy Bottin, ancien bobeur monégasque.

+ de sports

SÉRIE – Que sont devenus nos olympiens #1 : Jérémy Bottin (bobsleigh)

Le président de l’Association Monégasque des Athlètes Olympiques Jérémy Bottin inaugure notre nouvelle série intitulée « Que sont devenus nos olympiens ? » A 52 ans, et après plus de treize années au haut niveau, l’ancien bobeur est aujourd’hui le référent sport du département de l’Intérieur. Côté piste, le gamin du Rocher voit ses deux enfants marcher sur ses traces, vingt ans après sa 12e place aux Jeux olympiques d’hiver de Turin avec Patrice Servelle.

Pour être tout à fait transparent, cela fait plusieurs mois que nous trotte dans la tête l’idée de rencontrer les hommes et femmes ayant représenté Monaco lors de l’évènement le plus regardé dans le monde, les Jeux olympiques. Pas simplement pour dérouler le fil de leur carrière, ça, on l’a déjà fait dans nos pages au cours des quatorze dernières années, et plus d’une fois, mais plutôt pour répondre à une question qui nous taraude et qui concerne chaque athlète professionnel un jour ou l’autre : que faire quand vient l’heure de ranger les skis, pistolets, avirons ou autres chaussures à pointes, et d’entamer sa seconde vie ? S’ils sont 89 Monégasques à rentrer dans cette caste de privilégiés, la tenue imminente des JO d’hiver de Milan-Cortina a conditionné notre sélection et affiné la liste à dix-sept représentants incluant le Prince Albert II, dont le règne a commencé trois ans après sa retraite sportive.

Hasard du calendrier olympique, il y a vingt ans, une autre ville du nord de l’Italie avait convoqué le cirque blanc pour la XXe édition des Jeux d’hiver. Parmi les 2 508 athlètes présents à Turin, deux Monégasques s’étaient illustrés sur la piste de bobsleigh. Pour cause : leur 12e place est restée pendant seize ans la meilleure performance olympique de Monaco, toutes saisons confondues. Ironie du sort, Jérémy Bottin, pousseur-freineur de Patrice Servelle en 2006, dirige aujourd’hui l’Association Monégasque des Athlètes Olympiques (AMAO). Bingo.

Sport et bienveillance

Le rendez-vous est donné dans le bâtiment modulaire en bois installé face au stade Louis-II. C’est ici, au bout d’un long couloir, qu’attend Jérémy Bottin, costume sombre impeccable, sourire en coin et poignée de main franche. Voilà trois ans que le Monégasque de 52 ans travaille au département de l’Intérieur après diverses expériences professionnelles, on y reviendra. « Je suis le M. Sport du service », précise-t-il, invitant à poursuivre la conversation dans son bureau. La décoration de la pièce donne l’impression d’entrer dans un musée du sport. Des maillots signés ornent les murs. Des médailles sont rangées dans un coin. Sur une étagère, le livre des 120 ans de la Sûreté publique de Monaco cohabite avec une raquette de padel, une autre de tennis de table dédicacée par Xiaoxin Yang, une photo de la famille princière et des ouvrages aux titres évocateurs : « Outils et pratique de la médiation », « Pratique de la médiation professionnelle ».

L’intéressé reprend le fil : « J’assure le lien entre le Département et le monde sportif. Mon travail est de régler les problèmes, d’être un facilitateur, un médiateur. Ma porte est toujours ouverte pour échanger, partager et discuter de ce sujet qui nous anime tous, le sport. C’est ma vie. Et comme j’aime aussi aider les gens, ce travail est le combo parfait. » Greffe de peau « Mordu de toutes les disciplines », Jérémy Bottin tombe dans la marmite, petit. Enfant du Rocher, où il voit le jour dans les années 70, ce grand gaillard y cherche d’abord un exutoire à une rage intérieure, née de la perte de son père quand il avait sept ans : « J’avais besoin de m’occuper l’esprit. J’ai essayé plusieurs sports, comme le football et la boxe. J’y ai trouvé une bande de potes, une famille. »

Il touche à tout, au cyclisme surtout, avant que le destin ne frappe à sa porte à 24 ans. « Tu veux faire les tests de bobsleigh ? » lui propose Charles Oula, ancien camarade de classe. Son interlocuteur est plutôt partant : « Moi, je ne savais pas trop en quoi ça consistait. Après quelques recherches, j’ai dit OK. Je me suis entraîné pour le test, et j’ai terminé parmi les trois premiers. » On est en 1998 et Jérémy Bottin, néo-pousseur-freineur du bob monégasque, s’embarque dans une grande aventure humaine qui durera 13 ans. Sa première descente ? Mémorable. Dix heures de train pour se rendre en Autriche où il arrive « fracassé par le voyage » et apprend que son baptême du feu aura lieu avec un certain Patrice Servelle. « Tu as froid, tu ne sais pas où tu es, le bruit du bobsleigh est assourdissant, tu te retrouves dans une machine à laver… Je me suis demandé ce que je faisais là », se marre-t-il.

Il finit par se prendre au jeu, dans un rôle de pousseur-freineur qui lui plaît. « C’est le poste le plus facile. Le pilote joue sa descente au millimètre près. Nous, on ne pense qu’à pousser fort, sauf sur certaines pistes qui nécessitent une plus grande maîtrise du freinage. » Celle d’Igls, par exemple, ne pardonne pas la moindre hésitation. Il faut dire que le bobsleigh est un sport ingrat. Une faute, et des mois d’entraînement partent en fumée. Notre hôte en fait la cruelle expérience à Saint-Moritz en 2005 lors d’une spectaculaire chute à 120 km/h. L’accident lui vaut deux opérations et une greffe de peau pour réparer une épaule ayant « servi » à freiner le bob.

Retraite et renaissance

La récompense suprême vient l’année suivante, à Turin. Trois mois avant de connaître le grand frisson olympique, il passe sur le billard pour soigner une hernie inguinale. Un vilain souvenir oublié au moment d’entrer en piste de l’autre côté des Alpes. « Pour un gamin du Rocher, voir le drapeau de son pays flotter procure une fierté immense. Je me suis mis une énorme pression pour ces JO, je voulais faire de mon mieux pour le Prince et les Monégasques », dit-il. Après cinq olympiades consécutives, de Calgary 1988 à Salt Lake City 2002, le Souverain se mue en supporter. Jérémy Bottin dévoile une anecdote : « Le Prince, qui était notre premier soutien à Turin, portait la combinaison sous sa parka ! »

Cette proximité avec le Souverain sera l’un des fils rouges de sa carrière. En montrant une photo d’époque sur son téléphone, l’ancien bobeur se souvient de sa première descente avec celui qui est alors appelé à régner un jour: « Il ne faisait plus de bob à deux depuis des années, mais les circonstances l’avaient obligé à y revenir en compétition. Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Imaginez que je tombe avec le Prince et que c’est de ma faute… Je m’en serais voulu toute ma vie ! Heureusement, il m’a mis en confiance et tout s’est très bien passé. » Retour à Turin, où Jérémy Bottin atteint le « pinacle » de sa carrière.

Mais cette émotion olympique, il aurait pu ne jamais la connaître. Las, il avait pris une première fois sa retraite sportive en 2004, avant de revenir sur sa décision : « J’ai fait une mini-dépression durant cette parenthèse de cinq mois. Quand on m’a proposé de revenir dans l’équipe, j’ai saisi ma chance sans hésiter. Et cette seconde partie de carrière a été, à tous points de vue, bien meilleure que la première. »

Transmission familiale

La retraite, définitive cette fois, se fait plus en douceur en 2011. Le corps ne suit plus, tout simplement. Désertant les pistes mais continuant de suivre à distance les étapes de Coupes du monde et d’Europe, compétitions qu’il disputait autrefois, il voit ses enfants prendre le relais. Sprinteurs à l’ASM Athlétisme, Emma et Téo se lancent dans le bobsleigh en 2022. Pour le paternel, c’est d’abord l’inquiétude qui prime. « Dès qu’ils descendaient, je croisais doigts et orteils pour que tout se passe bien. Désormais, et même si cela reste un sport dangereux, je leur fais entièrement confiance. » Avec plusieurs compétitions officielles à son actif, Emma écrit l’histoire en devenant la première bobeuse monégasque. « Mes enfants me rendent très fier », dit Jérémy Bottin qui, veillant à rester en retrait, leur conseille de « s’amuser, prendre de l’expérience et écouter l’entraîneur ».

Dans un tout autre registre, sa reconversion professionnelle est un reflet de son attachement à sa communauté. Taxi pendant sept ans dont trois passés à la tête de l’association, il devient membre du Conseil stratégique pour l’attractivité jusqu’en 2020, passe quatre années au Comité antidopage où il procède à un recensement méticuleux des activités sportives en Principauté, avant de rejoindre le département de l’Intérieur. Son temps libre ne l’est pas vraiment : président de l’AMAO depuis 2019, il continue de sillonner à vélo les cols aux alentours et ne commence pas une journée sans faire des pompes et des abdos. « De ma carrière de sportif de haut niveau, j’ai aussi gardé la rigueur, la ténacité et cette envie de toujours apprendre, d’être au niveau. » Même des années après sa retraite, même au travail, on devine toujours le compétiteur qui se révélait le jour J. Et dans son regard, quand il parle des pistes où ses enfants volent désormais de leurs propres ailes, on perçoit l’étincelle de celui pour qui le sport reste plus que jamais une affaire de famille. Le bobsleigh n’a pas fini d’entendre le nom des Bottin.

Jérémie Bernigole

Publié le 16 Fév. 10:12

Code Sport Monaco
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.