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Mamadou Coulibaly au Centre de performance de l'AS Monaco.Mamadou Coulibaly au Centre de performance de l’AS Monaco.

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ENTRETIEN – Mamadou Coulibaly (AS Monaco) : « Old Trafford m’a marqué »

Si son présent se conjugue dorénavant avec l’équipe professionnelle, Mamadou Coulibaly conserve un souvenir particulier du but qu’il a marqué en 2022 avec le Groupe Elite face aux espoirs de Manchester United.

Après un exercice 2024-25 quasi blanc provoqué par des blessures, Mamadou Coulibaly (21 ans) savoure son retour sur les terrains. Le milieu relayeur formé à l’Academy enchaîne les titularisations et les bonnes prestations avec les « grands » depuis le début de saison, notamment contre Manchester City en Ligue des Champions. Il a même inscrit son premier but chez les professionnels sur la pelouse du FC Nantes (victoire 5-3), un club avec lequel il entretient par la force des choses une relation bien particulière. Confortablement installé sur un canapé du Centre de performance le 18 novembre, « Fétiche » a accepté de plonger dans la boîte à souvenirs.

LE JOUR OÙ… JE TAPE DANS UN BALLON Certainement à la crèche quand j’ai 3 ou 4 ans. Il n’y a pas de but dans la cour, mais je tape dans le ballon n’importe où, n’importe quand. C’est là que tout commence, sans que je ne sache d’où me vient cette passion pour le foot. Je suis l’aîné d’une famille de trois enfants, donc mon père m’a probablement transmis le virus. A la télé, on regardait le Barça et les grands matches.

LE JOUR OÙ… JE REJOINS L’ACADEMY J’intègre le Centre en 2019. J’ai un peu d’appréhension. Je débarque, je ne connais personne, et je sais que tous ces gars de mon âge, avec qui je vais passer les trois prochaines années de ma vie, veulent la même chose que moi, c’est-à-dire percer au plus haut niveau. Moi, j’ai grandi en région parisienne. J’ai joué à Sevran, Villepinte puis à Epinay où les recruteurs m’ont repéré. J’ai fait quelques tests et celui avec Monaco a été concluant. Rejoindre la Principauté, je l’ai avant tout vécu comme un saut dans l’inconnu. Je ne savais pas où j’atterrissais. A l’époque, je ne pensais qu’au foot. Mes parents, même s’ils apprécient le décor, gardent les pieds sur terre. Ils me répètent toujours : « On vient pour te voir jouer, pas pour faire les magasins de luxe, on n’a pas grandi dans ça. »

LE JOUR OÙ… JE MARQUE À OLD TRAFFORD Un sentiment spécial, forcément. C’est un stade mythique, l’un des temples du football. Je me souviendrais toujours de mon but qui a débloqué ce match de Premier Cup avec le Groupe Elite. L’action part de Yann (Lienard, le gardien) et je me retrouve à la conclusion d’un mouvement côté droit. Sur le moment, je ne réalise pas. La prise de conscience vient plus tard en voyant le but tourner sur les réseaux. C’est là que je me dis : « C’est pas anodin de marquer à Old Trafford, en fait ! »

LE JOUR OÙ… JE SIGNE PRO La récompense d’un long travail de trois ans lors de ma dernière année en tant qu’aspirant pro. Et une fierté immense. J’apprends la nouvelle en décembre. Je suis dans ma chambre, mon agent m’appelle et me dit que j’ai atteint l’objectif que je m’étais fixé petit. Le jour de la signature, en mars, on fait venir ma famille et mes proches. C’est un moment spécial mais, dans ma tête, je me dis que ce n’est qu’une étape. Le lendemain, je continue ma vie normalement et je repars au travail.

LE JOUR OÙ… JE TOUCHE MON PREMIER SALAIRE Quand je vois le montant, je suis forcément content, mais je reste calme. Mes parents, qui me suivent, placent le salaire sur un compte bloqué et me donnent de l’argent « de poche » pour le mois. Comme mes proches, je n’ai jamais été un flambeur. A l’Academy, je touchais déjà une belle somme pour mon jeune âge, mais je dépensais peu. C’est comme ça que j’ai grandi.

LE JOUR OÙ… JE M’ENTRAÎNE AVEC LES PRO L’entraîneur fait monter des jeunes lors de la pré-saison 2022-23, dont moi. C’est spécial d’arriver chez les pros, de rencontrer des gars que tu regardes à la télé. Dans le vestiaire, tu te sens petit même si Youssouf (Fofana), Axel (Disasi) et Ruben (Aguilar) sont très accueillants et te mettent tout de suite à l’aise. Malheureusement, je me blesse dès le premier entraînement. Deux semaines d’arrêt. Génial ! (Rire.)

LE JOUR OÙ… J’INTÈGRE PLEINEMENT L’ÉQUIPE PRO Il y a un an et demi, en janvier 2024… (On fait une remarque sur sa bonne mémoire) Ce sont des dates qui marquent ! (Rire.) Je profite de la CAN pour grimper dans la hiérarchie car l’entraîneur a besoin de monde. A partir de là, je ne quitte plus le groupe. Je me répète ce que je me suis toujours dit : chaque opportunité, même 30 secondes, il faut que je la saisisse pour montrer ma personnalité, mon caractère, ce que je peux apporter à l’équipe. Il ne faut surtout pas être pressé et brûler les étapes.

LE JOUR OÙ… JE ME BLESSE GRAVEMENT Ligament croisé, six mois d’arrêt. C’est forcément un moment particulier dans ma carrière. Je fête ma première titularisation en Ligue 1 contre Nantes. Mon début de match est plutôt bon et à la 32e, je sens mon genou gauche craquer sur un mauvais appui. Je me jette par terre, les soigneurs arrivent mais l’adrénaline me fait penser que ce n’est qu’un simple choc et que je peux reprendre. Je reste sur le terrain jusqu’à la mi-temps mais, en rentrant au vestiaire, je sens le genou se dérober. Le lendemain, je passe une IRM. A la sortie du CIMM, le doc’ me téléphone et m’annonce le verdict. Je suis dépité. J’ai le sentiment qu’on me retire tout alors que je débute. Puis je me dis que c’est certainement un mal pour un bien, que ça me permettra de revenir beaucoup plus fort.

LE JOUR OÙ… JE PROLONGE Me proposer une prolongation de contrat alors que je suis en pleine convalescence, c’est un geste énorme de la part du club. C’est une belle marque de confiance des dirigeants, du staff… Rien ne les y obligeait. Ils ont cru en moi sans savoir si je retrouverais mon niveau dans 6 mois ou 1 an. Ça me touche beaucoup.

LE JOUR OÙ… ON ME SURNOMME FÉTICHE (Rire.) Je sais de qui vient cette anecdote ! Sur le terrain, j’ai toujours eu ce réflexe de scanner le jeu, de regarder à gauche, à droite, de tourner la tête avant de toucher le ballon… A l’Academy, Félix Lemaréchal le remarque : « On dirait Fétiche, l’un des personnages du film Kirikou et la Sorcière ! » Je l’ai mal pris sur le moment… et je le prends toujours un peu mal ! (Rire.) Mais au fond, ça va, c’est marrant.

LE JOUR OÙ… JE DEVIENS INTERNATIONAL U20 J’ai fait quelques sélections en U16 lors de ma première année à Monaco, puis j’ai progressé en U20 avec une double confrontation face à l’Allemagne qui débouche sur une défaite (1-3) et un nul (4-4). Personnellement, je suis sorti très content de mes prestations. Les espoirs U21 ? J’envisage cette nouvelle étape, bien sûr, mais je préfère m’attarder sur ce que je vise avec mon club cette année. J’aimerais engranger du temps de jeu, et j’espère qu’on se donnera les moyens d’aller le plus loin possible dans les différentes compétitions avec notre groupe de qualité.

LE JOUR OÙ… JE RENCONTRE MON IDOLE Je suis en vacances lorsque sortent les premières rumeurs sur le mercato de l’AS Monaco. Je lis des articles sur Ansu Fati et Paul Pogba, qui est mon idole. Le voir arriver dans le vestiaire… Je ne l’avais pas imaginé ! C’est une personne incroyable, la tête sur les épaules. Avec la carrière qu’il a, il reste vrai, posé. Il donne des conseils aux jeunes. C’est un exemple. Après, je ne le regarde pas en fan. En dehors des terrains, c’est un gars normal, comme vous et moi.

LE JOUR OÙ… JE MARQUE MON PREMIER BUT Spécial, là aussi. C’était contre Nantes. Je me blesse contre eux, je joue mon premier match post-blessure contre eux, je marque mon premier but contre eux… je crois que j’ai un truc avec ce club ! En plus, je débloque la partie. Je suis content car on a gagné. Plein de sentiments positifs. Le plus important, c’était la victoire au bout.

LE JOUR OÙ… ON ME COMPARE À CAMAVINGA L’AC Milan s’intéresse à moi en 2023, et la presse italienne écrit que Paolo Maldini me considère comme le nouveau Camavinga. On me l’a souvent répété par la suite vu qu’on est gaucher, qu’on joue milieu et qu’on a un profil box-to-box. La comparaison est facile. En plus, je commence à avoir la même coupe de cheveux que lui. Ça n’arrange pas les choses ! (Rire.) Je ne fais pas attention à tout ça. Cela me fait plaisir d’être comparé à un joueur du Real Madrid, international français et très bon footballeur, mais je me focalise sur ma carrière. Les gens peuvent dire ce qu’ils veulent, je continue à travailler dur et à pousser vers l’excellence. Je regarde plein de joueurs, de tous les profils, pour essayer de prendre le meilleur d’eux : Kevin de Bruyne, Sergio Busquets, Phil Foden, Pedri…

LE JOUR OÙ… JE DÉCOUVRE LA MODE C’est une passion. J’ai toujours aimé m’habiller. Je n’avais pas les moyens quand j’étais petit, mais lorsque j’ai commencé à bien gagner ma vie, j’ai fait quelques recherches pour apprendre. Internet, je crois que c’est le truc qui m’a le plus influencé dans la vie, dans le bon sens du terme. Je regarde les fashions, les gens bien sapés, et je crée un style bien à moi, plutôt américain, parfois français, classe, chill… J’aime bien varier. En ce moment ? Avec l’hiver qui approche, je penche plutôt sur du streetwear, des joggings un peu larges et classes.

LE JOUR OÙ… JE PRENDRAI MA RETRAITE Je discute souvent de l’après-carrière avec mes amis et je leur dis que j’aimerais devenir acteur. J’ai eu des cours de théâtre plus jeune, ça m’avait vraiment bien plu. Quand je regarde un film ou une série, je ressens des émotions. Je me dis que j’aimerais trop, un jour, être celui qui donne ces émotions au public. Récemment, j’ai vu « F1 » avec Damson Idris et je me suis tout de suite projeté. Dans le film, t’as ce jeune pilote qui se confronte à un ancien, un mec qui a de l’expérience, qui reste mentalement plus fort et qui donne des conseils subtils que son équipier ne comprend pas directement. C’est une situation qui peut se produire dans la vraie vie, surtout dans le sport. Je regarde de tout pour apprendre : de l’action, du suspense, un peu de comédie… mais pas d’horreur, ça c’est mort ! (Rire.) Et si ça ne marche pas ? Je resterai dans le sport, c’est sûr. Mais peut-être pas dans le foot.

Propos recueillis par Jérémie Bernigole

Publié le 19 Nov. 11:29