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Charles Leclerc : « Monaco est notre meilleure opportunité de victoire cette année »

C’est à deux pas du paddock que Charles Leclerc a donné rendez-vous à la presse monégasque et locale pour la traditionnelle entrevue lançant son week-end de Formule 1 à la maison depuis ses débuts chez Sauber en 2018. Le pilote Ferrari, qui vient de prolonger son contrat pour plusieurs années avec la firme italienne, a abordé divers sujets tels que les chances de victoire de la Scuderia en Principauté.

Vous arrivez à la maison en troisième position au championnat avec 75 points, quel regard portez-vous sur ce début de saison ?

C’est un bilan contrasté. D’un côté, la dynamique du team est vraiment positive. Il y a beaucoup d’innovation sur la voiture, ce qui est toujours encourageant pour la suite. De l’autre, Mercedes reste encore loin devant avec un avantage conséquent qu’il faut absolument réduire. Dans l’ensemble, je pense qu’on a bien travaillé. Mais on a encore un déficit au niveau du moteur. J’espère que l’ADUO sera en notre faveur pour franchir des étapes que nos adversaires ne pourront pas faire, eux qui ont actuellement un meilleur groupe propulseur.

Le Canada a été un week-end difficile malgré votre quatrième place, « le plus compliqué » de votre carrière en F1 selon vos termes. Avez-vous identifié les causes ?

Montréal a toujours été compliqué pour moi, comme la Chine ou l’Australie. Ce sont des circuits où mon style de pilotage ne me permet pas de vraiment m’exprimer. On a fait une analyse approfondie, et chaque année on progresse dans la compréhension. Mais il y a un style naturel qu’on ne peut pas entièrement effacer, d’autant que Montréal est en parallèle l’une des meilleures pistes pour Lewis, ce qui rend le contraste encore plus frappant entre nous deux. Cela dit, une quatrième place, c’est pas si désastreux que mes mots ont pu le laisser entendre après la course. Sur ce type de circuit, l’objectif est de gratter un maximum de points, et je trouve qu’on l’a plutôt bien fait. Mais il faut continuer à travailler pour réduire l’écart avec Lewis sur ces tracés.

Vous avez prolongé votre contrat avec Ferrari. Qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

Je ne peux pas dévoiler les détails (rires), mais je suis sincèrement très heureux. C’est la continuité d’une aventure construite ensemble depuis de nombreuses années. Ferrari, c’est mon équipe, celle dont j’ai rêvé depuis tout petit. L’objectif est clair : devenir champion du monde avec la Scuderia. Ce qui a pesé dans la balance, c’est le cœur, bien sûr, mais aussi la confiance absolue que j’ai dans le projet, et surtout la présence de Fred Vasseur. Notre relation est unique, elle remonte à très loin. Je crois profondément en lui et en Ferrari. La prolongation était donc assez évidente.

Monaco est-il le Grand Prix où Ferrari a le plus de chances de s’imposer cette saison ?

C’est ce que je pense, oui. Beaucoup nous attendent comme favoris ici, et honnêtement, si on a une vraie opportunité de victoire cette année, c’est bien à Monaco. Notre déficit moteur face à Mercedes est réel, mais sur ce circuit, il compte moins. Notre châssis est plutôt bon, ce qui est un atout ici. L’avantage de Mercedes sera mécaniquement amoindri par le tracé, ce qui nous rapproche d’eux. Ça ne veut pas dire que ce sera un week-end tranquille, mais nos chances sont clairement meilleures qu’ailleurs. Et pour les qualifications, avec les nombreux virages et les phases de recharge, on sera en mode « full attack ». J’adore ça !

La relation entre données et ressenti humain est au cœur du travail en F1. Comment la vivez-vous ?

C’est une dynamique fascinante. En karting, tout reposait sur l’intuition, il n’y avait quasiment pas de données. Puis, en montant les catégories, on a commencé à avoir de l’information sur l’accélérateur, le freinage, la direction, ce qui permet d’expliquer bien plus précisément à son ingénieur ce qu’on ressent. Aujourd’hui en F1, les données ne manquent pas, c’est plutôt le temps entre les sessions pour les analyser qui fait défaut. L’intelligence artificielle nous aide énormément sur ce point, car elle permet de traiter plusieurs capteurs simultanément bien plus vite qu’avant. Mais la vraie complexité, ce n’est pas d’optimiser une F1 sur le papier, ça, tous les teams savent plus ou moins le faire. C’est d’intégrer l’humain dans cette équation. Mes préférences de réglages ne correspondent pas toujours aux prédictions des ingénieurs, et c’est là que le dialogue devient crucial, comprendre exactement ce que le pilote ressent pour le mettre dans les meilleures conditions.

Courir à domicile, devant vos proches, est-ce une pression supplémentaire ou une motivation ?

Une motivation supplémentaire, clairement. La pression d’être pilote Ferrari est permanente. Des millions de personnes suivent la Scuderia tout au long de l’année. À Monaco, avec mes amis sur les balcons et ma famille sur place, dans les rues où j’ai grandi, c’est davantage une émotion qu’un poids. Comme je le répète à chaque fois, il y aura 25 points à prendre dimanche, comme partout ailleurs, donc je ne me mets pas une pression supplémentaire. Mais émotionnellement, ce Grand Prix reste à part.

Sans aérodynamique active ni pleine puissance moteur, les hiérarchies pourraient-elles être rebattues ?

Pas vraiment, je ne pense pas que ça changera fondamentalement la donne. L’aérodynamique active aurait peut-être eu un impact sur la ligne droite de départ, mais les vitesses de pointe ici restent limitées. Brider le moteur pourrait légèrement nous avantager, puisque Mercedes ne pourra pas exploiter toute sa puissance. Mais si certaines équipes se révèlent particulièrement compétitives ce week-end, ce sera davantage grâce à un châssis fort que la conséquence de ce changement réglementaire.

Ce tracé est iconique depuis des décennies. Changeriez-vous quelque chose ?

Jamais. Je le connais comme ça depuis tout petit, et c’est précisément ce que j’aime. Il n’a presque pas évolué dans son tracé, sauf bien entendu les infrastructures et la sécurité, mais le circuit lui-même est resté. C’est ce qui le rend unique. Le dimanche n’est pas forcément la course la plus spectaculaire de l’année, j’en conviens, mais les qualifications du samedi restent incomparables. Je crois que c’est pour ça qu’on aime tous Monaco. Les pilotes l’attendent toujours avec une impatience particulière. Je n’y toucherais pas.

La victoire de 2024 reste-t-elle votre plus grand souvenir sur ce circuit ?

Sans aucun doute. C’est le plus beau moment de ma carrière, et même de ma vie. Avant ça, Monaco avait souvent été cruel. Pour une raison ou une autre, ça ne voulait jamais se faire. 2024 fut le sommet avec ma victoire. 2025 était correct, mais une deuxième place, je n’y pense pas bien longtemps. Il y a aussi des souvenirs moins liés aux résultats : ma première fois ici en Formule 2, c’était un moment de pur bonheur, car j’avais toujours rêvé de piloter à Monaco. J’étais en tête quand j’ai malheureusement perdu la roue avant-gauche. Et avec Alfa Romeo, ma première en F1 ici, je m’en souviendrai toujours également… car cette fois-ci, on avait perdu les freins ! Voilà, ce ne sont pas que des épisodes positifs, mais chacun à sa manière m’a marqué. J’espère ajouter de nouvelles victoires dans les années à venir.

Lewis Hamilton se rapproche de vous au classement. Comment l’analysez-vous ?

Lewis est exceptionnel. L’année dernière n’a pas été facile pour lui, avec beaucoup de malchance. Cette saison, il s’est adapté très vite à ces voitures, alors que moi j’ai eu plus de travail, notamment en Chine, à Melbourne et à Montréal. Il faut que je progresse, c’est tout. Le résultat de l’an dernier n’était pas la norme face à un pilote de son niveau. Et honnêtement, c’est une bonne chose pour le team que l’on se tire mutuellement vers le haut.

Votre relation avec lui a-t-elle évolué, sportivement et humainement ?

Clairement. Il connaît bien mieux l’équipe maintenant, il sait à qui s’adresser selon le sujet. Ça paraît anodin, mais dans une structure de 1 500 personnes, ça change vraiment les échanges. Sur le plan humain, on s’est toujours bien entendus, dès le début. Mais la relation est plus fluide aujourd’hui, notamment avec le team. Une saison ensemble, ça crée forcément des repères.

Deux podiums consécutifs à Monaco : dans quelle mesure cela vous met-il en confiance pour ce week-end ?

En F1, aborder un week-end avec de la confiance, c’est précieux. Monaco a toujours été un circuit où je suis rapide. Cela dit, les voitures sont très différentes d’une année à l’autre. On aura moins d’adhérence cette année, ça va beaucoup glisser, et il faudra s’adapter. Mais c’est un tracé que j’aime profondément, et les dernières années m’y ont souri. J’espère vraiment transformer ça en victoire comme en 2024.

Si on vous avait dit en début de saison qu’Antonelli serait en tête du championnat aujourd’hui, vous l’auriez cru ?

Il a réalisé un début de saison impressionnant. Mercedes était très attendue, mais Kimi a franchi un cap énorme entre sa première et sa deuxième année. Je l’ai suivi tout au long de sa carrière junior, j’ai toujours dit qu’il serait exceptionnel en F1. Sa première saison, il a appris, il a emmagasiné. Mais l’ampleur de sa progression, je ne l’anticipais pas. Ce qui le rend fort, c’est cette insouciance liée à sa jeunesse. Il ne sur-réfléchit pas, il donne tout sans arrière-pensée. En F1, où tout est si compliqué, c’est une vraie arme. Honnêtement, c’est beau à voir.

Jérémie Bernigole

 

Publié le 05 Juin. 06:06