Les karatékas monégasques, qui accueillaient pour la première fois les Championnats des petits Etats d’Europe les 1, 2 et 3 novembre, ont récolté sept médailles de bronze. Une belle moisson pour ces chantres du karaté traditionnel.
A l’Espace Saint-Antoine, le début du mois de novembre rimait avec effervescence. Habituellement sollicité pour des évènements liés au handball, au badminton ou encore à la gymnastique, le grand gymnase du complexe a cette fois accueilli des karatékas. Du 1 au 3 novembre, ils sont arrivés par centaines de Chypre, de Malte ou d’Andorre, afin de participer aux Championnats des petits États d’Europe, organisés par la Fédération monégasque de karaté (FMK) avec l’aide de sponsors comme la CMB. Attention, on ne vous parle pas des Jeux, cet évènement biannuel portant le même nom qui se déroulera en Principauté en 2027, mais bien d’une compétition annuelle strictement réservée au karaté et délivrant des points pour le classement mondial. L’année 2024 était celle de la dixième édition, et Monaco en était le pays hôte pour la première fois. « L’idée originelle de ce tournoi était de promouvoir la discipline pour qu’elle devienne olympique et soit intégrée aux JPEE, recadre Frédéric de Baets. Dix éditions ont été nécessaires pour la voir inscrite au programme de l’édition 2025 à Andorre. »
Logistique « très lourde »
Le vice-président de la FMK se garde de tout triomphalisme. Il sait que le plus dur commence et que la problématique future sera de faire perdurer une discipline qui a fait une brève apparition aux Jeux olympiques (Tokyo 2020). Mais ça, c’est une autre histoire à laquelle les dirigeants de la Fédération et du Karaté Club Shotokan de Monaco ne pensaient pas au moment d’accueillir plus de 350 compétiteurs en provenance de neuf pays. « On avait repoussé l’échéance à cause de la pandémie de Covid-19, et cette année a été la bonne, se réjouit Claude Bollati, président de la FMK. C’est une organisation très lourde, avec de grosses contraintes sur le plan logistique. Heureusement, nous avons reçu l’aide de la France et notamment du club de Mandelieu qui a mis à disposition du matériel, ainsi que de nos sponsors qui nous ont permis d’acheter le reste des équipements et de répondre aux normes internationales. » Une organisation rigoureuse qui a nécessité l’appui d’une grosse vingtaine de bénévoles tout au long du week-end.
Sept médailles de bronze
C’est l’une des particularités (voire le paradoxe) de la sélection monégasque. Avec 15 athlètes dans ses rangs, elle était la plus petite délégation en lice sur ses propres terres. « La particularité de Monaco, c’est qu’il y a une Fédération et un seul club. Le choix de nos compétiteurs est vite fait, contrairement à d’autres pays comme Chypre et sa centaine de clubs, ou le Luxembourg. On ne peut pas rivaliser avec des puissances pareilles, mais nous restons fiers de nos résultats chaque année. Participer aux Championnats nous permet de progresser au contact de compétiteurs internationaux et d’élever le niveau général des Monégasques. » A l’issue des trois jours de compétition, où plusieurs styles étaient représentés (Shōtōkan-ryū, Shitō-ryū, Wadō-ryū…), les Rouge et Blanc, tous biberonnés au karaté traditionnel enseigné par le Senseï Yuichi Sato, ont totalisé sept médailles de bronze, deux en kata (suite codée de mouvements) et cinq en kumité (combat). Soit cinq récompenses supplémentaires par rapport à l’année dernière (une breloque en argent et une autre en bronze). Certes, on est loin des 68 médailles cueillies par le Luxembourg (dont 25 en or), mais le Grand-Duché avait fait le déplacement en nombre avec une centaine de représentants. Certains d’entre eux ont un tel niveau qu’ils apparaissent au classement mondial. « De notre côté, nous n’avions pas d’objectifs chiffrés car nous sommes dans une phase de renouvellement générationnel, expose Frédéric de Baets. Nous avons présenté des athlètes très expérimentés et d’autres poursuivant leur formation, qui participaient à leur première compétition internationale. Pour cette nouvelle génération, trois voire quatre années d’apprentissage seront encore nécessaires. »
En attendant la relève
C’est le cas de Louane Mercier. La cadette a eu le mérite de paver la voie des Monégasques en décrochant une belle médaille de bronze en kumité +61 kg : « Je suis contente d’avoir gagné mon premier combat contre la Maltaise avec beaucoup d’écart (6-0) alors que je stressais pas mal. Mon entraîneur Eric (Mathon) est satisfait. Cette médaille représente énormément de choses pour moi et je suis d’autant plus heureuse de l’avoir remportée à Monaco. Je vais aborder la suite de ma saison avec plus de confiance et encore plus d’envie. » Quelques heures plus tard, Noa Mathon est monté à son tour sur la troisième marche du podium U21 en kumité -75 kg. Une place occupée par la suite, en individuel ou en équipe, par Cécile Orrigo, Nolwenn Fouquet, Claire Brias, Magali Faggio, ainsi que Mathieu Magara, Eric Mathon et Alexandre Blonda (voir portrait en page 37). Ces trois-là venaient tout juste de rentrer du Japon. A Takasaki, dans la préfecture de Gunma, ils ont signé leur meilleur classement aux Championnats du monde JKA avec une septième place en kata par équipe. Un véritable exploit au pays du karaté, réalisé face aux meilleures nations de la discipline. « C’est un résultat inouï pour un petit pays comme le nôtre, dit, ravi, Claude Bollati. Les arbitres internationaux ont jugé que le karaté japonais traditionnel que nous pratiquons est de qualité. Cela témoigne d’une certaine pérennité dans notre façon de travailler. » Frédéric de Baets insiste : « La France ne faisait pas partie des huit finalistes, c’est dire le niveau ! Surtout que Mathieu, Eric et Alexandre, issus de l’ancienne génération, ont beaucoup travaillé pour en arriver-là. Nous sommes très fiers d’eux. » De bon augure pour les JPEE 2025 ?
Jérémie Bernigole