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Djimi Traoré est l'entraîneur du Groupe Elite de l'AS Monaco depuis l'été 2024.Djimi Traoré est l’entraîneur du Groupe Elite de l’AS Monaco depuis l’été 2024.

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ENTRETIEN – Djimi Traoré (Groupe Elite) : « Je veux rendre ce qu’on m’a donné »

C’est durant son premier passage à l’AS Monaco que Djimi Traoré a maturé son projet de devenir entraîneur. Un choix motivé par ses multiples expériences, ses rencontres avec des entraîneurs inspirants et le besoin de transmettre, qu’il assouvit auprès des jeunes du Groupe Elite.

Sa carrière de joueur l’a mené de Laval à Seattle en passant par Liverpool et Monaco. Vainqueur de la Ligue des Champions en 2005, Djimi Traoré a depuis bâti une solide réputation de formateur. Après avoir éprouvé sa vocation aux Etats-Unis en commençant en bas de l’échelle, il a partagé trois ans de sa vie entre le Danemark et le Ghana, développant de jeunes joueurs qui s’épanouissent aujourd’hui dans les principaux championnats européens. De retour en Principauté en 2024 pour diriger le Groupe Elite de l’AS Monaco, l’ancien défenseur nous a expliqué pourquoi il a toujours fait l’éloge de la patience.

Plus de 300 matches professionnels, dix clubs, trois pays… Quel regard portez-vous sur votre carrière de joueur ?

C’était une belle expérience, même si je ne pensais pas quitter la France si tôt. Je faisais partie de la première vague de jeunes joueurs recrutés par les clubs étrangers après la Coupe du monde 1998. Gérard Houllier, alors entraîneur de Liverpool, était venu me chercher à Laval. Ont suivi dix ans en Angleterre, des retours en France puis une expérience aux Etats-Unis, à Seattle, où j’ai terminé ma carrière en 2014.

Le souvenir le plus marquant, c’est la finale de la Ligue des Champions 2005* ?

Evidemment. C’était un rêve de gosse. Rien que jouer en Ligue des Champions était déjà énorme. Cette année-là, on a vécu une épopée avec Rafael Benitez, un tacticien hors pair. Personne ne croyait en nous. Gagner la cinquième C1 de l’histoire du club a permis à Liverpool de conserver le trophée. C’est un souvenir impérissable. Aujourd’hui encore, on a un groupe WhatsApp avec les anciens Reds, on se parle et on se retrouve souvent pour jouer des matchs de légendes.

On y pense encore vingt ans après ?

Honnêtement, non. Mais comme cette finale a marqué beaucoup de monde par son scénario… (Sourire) Moi, je n’y pense pas souvent, mais on me le rappelle très régulièrement, quand je croise des supporters de Liverpool, voire même dans mon métier d’entraîneur. Mes joueurs peuvent me poser des questions, même ceux qui sont nés après 2005 et qui ont vu les images sur Internet. Parler de ce match ravive de bons souvenirs, c’est sûr, mais je ne vis pas dans le passé. Je suis ancré dans le présent, à essayer de transmettre mon expérience.

Vous avez porté les couleurs de l’ASM entre 2009 et 2011. Quel joueur étiez-vous à cette époque ?

Un joueur confirmé, avec pas mal d’expérience. J’arrivais à 29-30 ans sous les ordres d’un entraîneur que j’avais connu à Rennes et qui me faisait confiance (Guy Lacombe). Il voulait que j’apporte mon vécu au groupe, sur le terrain et dans le vestiaire. J’ai pris ce rôle à cœur, surtout auprès des jeunes de l’Academy, qui étaient très talentueux. J’ai essayé de les guider, de leur montrer ce que c’était d’être pro. Je m’investissais à fond à l’entraînement, je ne lâchais rien, et je pense que ça a été apprécié. La première année s’est bien passée, malgré la défaite en finale de la Coupe de France. La deuxième a été plus difficile. Je me suis blessé au genou en décembre et j’ai vu le club sombrer pendant ma rééducation. J’étais impuissant. En plus, j’étais en fin de contrat. Derrière, j’ai rebondi à l’Olympique de Marseille de Didier Deschamps.

Envisagiez-vous de devenir entraîneur ?

J’ai commencé à y songer sérieusement pendant mon passage à Monaco. Les joueurs venaient souvent me voir, me questionnaient sur ma carrière, mes choix, l’étranger. Même les coachs me sollicitaient, que ce soit sur le plan tactique, l’état d’esprit, etc. Je posais aussi beaucoup de questions, pas par contestation, mais par curiosité. J’avais besoin de comprendre le « pourquoi » des consignes. Au fond, devenir entraîneur était une suite logique. J’ai basculé de l’autre côté presque naturellement.

Et si vous n’aviez pas été entraîneur, qu’auriez-vous fait ?

Je serais quand même resté dans le football, par passion. Peut-être dans l’éducation ou la formation. J’ai toujours aimé soutenir les jeunes, accompagner ceux qui sont en difficulté, les aider à surmonter des épreuves et à réaliser leurs rêves. C’est dans ma nature. Je veux rendre ce qu’on m’a donné.

Entraîner, est-ce une façon de combler un manque ?

Non, j’ai passé ce stade. Je n’ai plus envie de jouer. Parfois, oui, certaines choses me manquent. Les stades mythiques, le public, l’intensité des grands rendez-vous… Mais ce n’est plus mon état d’esprit aujourd’hui. Ce qui m’anime maintenant, c’est d’accompagner l’équipe, avoir une philosophie de jeu et voir mes joueurs reproduire en match ce qu’on a travaillé toute la semaine. Ça, ça me procure du plaisir !

Vous avez commencé votre nouvelle vie du jour au lendemain à Seattle.

Quand j’ai annoncé la fin de ma carrière, les dirigeants m’ont directement proposé le poste d’adjoint. Je ne me voyais pas gérer des amis et des joueurs avec lesquels je m’entendais très bien. Je préférais commencer en bas de l’échelle, ce qui tombait bien puisque le club venait de créer une équipe de réserve. On est parti de rien, nous n’avions même pas de logo, et j’ai participé à la construction de cette entité de A à Z. On a constitué l’équipe en organisant des essais et, comme on n’avait pas de grands moyens, j’ai rempli plusieurs rôles : assistant-coach, préparateur physique, team manager. J’ai commis des erreurs, mais j’ai beaucoup appris.

Au bout d’un an, le club vous promeut.

Oui, ça a tellement bien fonctionné que je suis passé en équipe première. On a gagné la MLS Cup dès la première saison. En cinq ans, on a disputé quatre finales (pour deux victoires). L’entraîneur avait de la bouteille. Nous, ses adjoints, étions des coachs en devenir. Il nous laissait tout gérer et nous donnait beaucoup de liberté. Pour ma part, j’étais chargé du bloc défensif et des coups de pied arrêtés. Cette expérience globale m’a énormément servi.

Comment vous retrouvez-vous au Danemark en 2021 ?

J’ai eu des propositions dans le monde pro, mais je sentais que j’avais encore des étapes à franchir. De plus, avec le Covid, mon ex-femme, qui est Danoise, souhaitait rentrer en Europe. L’un de mes amis était capitaine du FC Nordsjaelland, un club réputé pour sa formation, et il m’a mis en relation avec ses dirigeants. Leur projet m’a paru fantastique : ils avaient une académie au Ghana et au Danemark*, et cherchaient quelqu’un pour développer des jeunes. J’alternais six mois au Ghana, six mois au Danemark. Quand je rentrais, je voyageais avec mes jeunes. On faisait des tournées en Europe, en Asie. Pendant trois ans, j’ai vécu avec cette génération 2005/2006 qui était une promotion exceptionnelle.

Vous y avez révélé quels joueurs ?

Plusieurs ont percé. Lucas Høgsberg a rejoint Strasbourg, Ibrahim Osman a été acheté par Brighton, Conrad Hader joue à Leipzig, Sindre Walle Egeli à Ipswich… L’expérience au FCN a été incroyable, surtout dans la manière dont les staffs collaboraient. Tout était ouvert. Je participais aux entraînements de l’équipe première, on mélangeait les groupes… Ça m’a ouvert les yeux sur une autre manière de travailler.

Pourquoi ce retour à Monaco ?

L’organisation grandissait et je ne m’y retrouvais plus. La Right to Dream Academy a été rachetée par des investisseurs égyptiens, qui m’ont proposé de développer leur nouvelle franchise à San Diego (MLS). Je ne voulais pas retourner aux Etats-Unis. Monaco s’est signalé. Je n’avais jamais entraîné en France et l’idée de développer de très bons jeunes ici m’a paru évidente. Après avoir formé des Africains et des Scandinaves, je voulais voir ce que je pouvais apporter aux Français. Je devais aussi continuer à progresser comme entraîneur et formateur.

Est-ce qu’on forme de la même manière à Monaco qu’ailleurs ?

C’est très différent. Au Danemark, on prenait des enfants de 10-12 ans et on les accompagnait jusqu’à 18 ans avec un vrai plan de carrière, même s’ils ne devenaient pas pros. Ici, les joueurs arrivent souvent plus formés, techniquement et physiquement. Ce qui peut parfois manquer, c’est la rigueur, le professionnalisme au quotidien, et une plus grande diversité dans le jeu. J’essaie d’apporter cette culture de l’exigence et de l’ouverture tactique.

Et entraîner des jeunes, est-ce similaire à entraîner des pros ?

Non, le fossé entre les deux est énorme. Souvent, les jeunes qui dominent chez les espoirs pensent que ce sera pareil chez les pros. Mais c’est une autre exigence. Mon rôle est de les éduquer à ça. Cela dépasse le terrain. Il faut leur apprendre à préparer un match, une compétition, un entraînement. D’autant que les attentes sont très élevées à Monaco. Les joueurs que nous formons doivent rapidement être capables de jouer en Ligue des Champions et être au niveau d’une équipe visant les premières places en Ligue 1. La marge d’erreur est minime. On doit livrer un joueur déjà abouti. Nos jeunes ont la chance de jouer la Youth League (YL) et d’autres compétitions internationales face à de grands clubs européens, d’affronter des styles de jeu différents. On essaie de les sortir de leur zone de confort pour les acclimater au plus vite au haut niveau.

Quel bilan tirez-vous de cette première partie de saison ?

Le groupe a beaucoup rajeuni. Certains de mes joueurs sont nés en 2008 voire 2009 alors que le Groupe Elite comptait des 2002-2003 à mon arrivée. Les résultats sont en dents de scie, et c’est normal. Ils découvrent le haut niveau, notamment en YL, et digèrent une préparation exigeante. Mais on voit déjà les fruits du travail. On connaît nos challenges pour la seconde partie de saison avec la Gambardella, la YL, les U19 qui sont premiers de leur Championnat et mon groupe espoir qui enchaîne des matches de qualité, notamment en Angleterre. Plusieurs ont été appelés en équipe première. C’est la preuve que notre travail de l’ombre est fructueux.

Avez-vous l’ambition, un jour, de monter chez les professionnels ?

J’ai un plan de carrière bien défini. Si je suis ici aujourd’hui, c’est justement pour combler certaines étapes manquantes. J’ai eu des opportunités tôt, aux Etats-Unis ou en Europe, mais j’ai préféré prendre mon temps. Je veux un projet qui me ressemble, en phase avec mes valeurs. Je suis bien à Monaco. Le staff s’est étoffé, l’environnement me correspond. Si un jour l’occasion se présente, j’y réfléchirai. Mais je ne me projette pas.

Propos recueillis par Jérémie Bernigole

*Mené 3-0 à la pause, le Liverpool de Djimi Traoré s’est finalement imposé aux tirs au but.

*La Right to Dream Academy.

Publié le 20 Fév. 11:12

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