Vainqueur d’un 94e Rallye Monte-Carlo dantesque (22-25 janvier), le Suédois Oliver Solberg (Toyota) a joué avec des conditions qu’il connaît bien. Co-piloté par Elliott Edmondson, il a dompté les éléments pour remporter son premier Monte-Carlo devant ses coéquipiers Elfyn Evans et Sébastien Ogier.
Neige, glace, pluie… Les 66 engagés au Rallye Monte-Carlo 2026 ont tout vécu. “Ce rallye va être difficile, je suis nerveux mais excité. Devenir le premier Solberg à remporter le Monte-Carlo ? Peut-être pas cette année, mais on ne sait jamais !” Le samedi 17 janvier, alors que le Championnat du monde des rallyes (WRC) lançait sa saison 2026 par une cérémonie sur le port Hercule, Oliver Solberg ne se doutait de rien. Et pourtant, huit jours plus tard, le dimanche 25 janvier, il franchissait l’arche d’arrivée du 94e Monte-Carlo en tant que grand vainqueur. Une performance que son père, Petter Solberg, champion du monde des rallyes en 2003, n’a jamais accomplie. “Je ne réalise pas encore. C’est une journée chargée en émotions. C’était le rallye le plus difficile de ma vie. Je veux simplement adresser un immense merci à Toyota pour leur confiance et leur soutien. Le travail d’équipe a été exceptionnel”, a réagi Oliver à l’arrivée de la dernière spéciale.
Le Suédois (24 ans, 4 mois et 2 jours) est entré dans l’histoire du Monte-Carlo en devenant le plus jeune vainqueur de l’épreuve depuis René Le Bègue… C’était en 1937 ! En tête depuis la deuxième spéciale (ES2), l’équipage Solberg/Edmondson s’est imposé avec 51,8 secondes d’avance sur Elfyn Evans/Scott Martin (Toyota), et plus de deux minutes sur Sébastien Ogier/Vincent Landais (Toyota). Pour la première fois depuis 2012, le nonuple champion du monde des rallyes n’est pas monté sur l’une des deux premières marches du podium. “C’était un week-end difficile. Je suis surtout heureux d’être à nouveau sur le podium. Quinze fois en dix-sept participations… je peux être fier de ça”, a relativisé le pilote gapençais. Favorite de l’épreuve, Toyota ne s’attendait sûrement pas à décrocher son tout premier triplé au Rallye Monte-Carlo de cette manière.
Édition dantesque
Car au départ du rallye, donné le jeudi 22 janvier à Monaco, c’est Sébastien Ogier, décuple vainqueur du Monte-Carlo, qui s’avançait en grand favori. Mais dès les premières spéciales, le Gapençais n’est pas dans le rythme de ses coéquipiers du Toyota Gazoo Racing. Sur les routes détrempées et enneigées de la première soirée, il accumule déjà plus d’une minute de retard, en seulement trois spéciales, sur Oliver Solberg, auteur d’une magnifique performance. “Il y a des soirées comme celle-ci où on est extrêmement heureux que ce soit terminé”, déclarait le Français à l’arrivée de l’ES3. “C’était clairement la spéciale [l’ES2] la moins agréable de toute ma carrière.”
Au Parc Assistance de Gap, Oliver Solberg est lui aussi soulagé de rentrer après cette soirée dantesque. “C’est la chose la plus folle que j’ai faite de ma vie. Je pensais être sorti de la route plusieurs fois. Au début, mon pilotage était vraiment mauvais, je n’avais aucun rythme. Mais ensuite, sur la neige, je devais simplement y aller à fond !” La neige, l’une des images fortes de ce Monte-Carlo 2026. Du vendredi au dimanche, les quatre départements français empruntés ont enfilé leur plus belle couverture, toute de blanc vêtue. Formé sur les routes scandinaves, le champion du monde WRC2 en 2025 a forcément adoré les conditions rencontrées au Monte-Carlo. Mais il s’est aussi fait plusieurs frayeurs. Comme lors des ES5 et ES10, où il rencontre des difficultés avec ses pneumatiques et perd 44 secondes. Ou encore, la plus importante dans l’ES12, lorsqu’il détruit une barrière, effectue un demi-tour dans le champ enneigé, puis revient brutalement sur la route pour reprendre la spéciale. Le résultat ? Son audace paye, et il reprend du temps sur ses concurrents ! Il ne pouvait simplement rien arriver à la Toyota n°99 d’Oliver Solberg et Elliott Edmondson.
Histoire de familles
Autre moment fort de cette 94e édition : la Super-Spéciale, épreuve tracée sur une partie du circuit de Formule 1. Pour la première fois depuis 2008, le Monte-Carlo est revenu dans la Principauté avec une spectaculaire épreuve. Devant plus de 20 000 personnes, Adrien Fourmaux et son copilote Alexandre Coria (Hyundai) ont remporté la Super-Spéciale en profitant du déluge tombé sur Monaco. “Je suis très content d’avoir des conditions piégeuses sur ce rallye. C’est sympa de venir ici à Monaco. C’est une première pour moi et j’y prends vraiment beaucoup de plaisir. C’était une excellente idée”, a exprimé le pilote français.
Les tricolores, justement, ont connu plus ou moins de succès dans les autres catégories. En WRC2, d’abord, la famille Rossel a continué de briller. Après trois succès consécutifs de Yohan, c’est cette fois Léo, co-piloté par Guillaume Mercoiret (Citroën C3 Rally2), qui a remporté sa catégorie. “C’est super de succéder à mon frère et de donner une victoire à Citroën. Je n’ai pas énormément attaqué ce week-end car le but était de faire le moins d’erreurs possible. Je pense que c’est ça qui a payé.” En plus des frères, il y a aussi des fils qui roulaient en WRC2. C’est notamment le cas de Pablo Sarrazin, fils de Stéphane, ou encore d’Eliott Delecour, fils de François. Malheureusement, le premier a été contraint à l’abandon, tandis que le second a terminé 12e de sa catégorie. En WRC3, les Français Eric Royère/Alexis Grenier (Ford Fiesta Rally3) se sont largement imposés. Dans cette catégorie, l’équipage Matteo Fontana/Alessandro Arnaboldi a créé l’énorme surprise en signant, à deux reprises, le temps le plus rapide d’une spéciale (ES14 et 15). Sur tous les points, ce Monte-Carlo n’était vraiment pas comme les autres. Vivement la prochaine édition…
Victor Andrès

3 questions à… Romain Pugliese, directeur de course
Romain Pugliese, directeur de course du Rallye Monte-Carlo, revient sur l’une des particularités de cette 94e édition : la Super-Spéciale dans les rues de la Principauté.
Qu’est-ce qui a motivé le retour de la Super-Spéciale dans les rues de Monaco ?
C’est quelque chose que l’on avait en tête depuis plusieurs années. Mais, comme on le voit avec le Grand Prix, c’est difficile d’organiser un événement en ville. On avait organisé le Parc Assistance en 2022 et 2023 sur le Port Hercule, mais c’est quand même plus intéressant d’avoir un événement dynamique tel qu’une spéciale en ville. On a mobilisé beaucoup de moyens, de temps, mais on était tous motivés pour le faire. Quelques heures avant les reconnaissances du parcours, on a finalisé quelques petits détails pour être en phase avec la FIA. Mais on a réussi à s’en sortir ! Je ne garantis pas que l’on pourra le refaire tous les ans, mais là on a eu un peu de chance.
Que recherchez-vous au moment de la conception du parcours ?
On cherche évidemment à faire un parcours compliqué, avec des longues spéciales. On met tout en œuvre pour imaginer un rallye difficile sportivement parlant. On trouve des endroits où il y a des pièges, des conditions difficiles. Et puis un peu de fun, avec le spectacle de la Super-Spéciale sur le Circuit de Monaco notamment. On cherche globalement un beau mixte entre la difficulté, le show, des passages par des endroits mythiques, comme le Col de Turini par exemple… Notre objectif est aussi d’offrir une belle dernière journée, pour conserver du suspens jusqu’aux derniers mètres du rallye.
En tant que directeur de course, quel est votre moment favori du rallye ?
Cela paraît étrange, mais je dirais : quand c’est terminé (rires) ! L’instant précis où l’on voit les sourires sur les visages, où l’on a la certitude que tout s’est bien passé… Là, on peut enfin souffler ! Il ne faut pas oublier que le rallye ne s’arrête pas quand la dernière voiture est sortie de la spéciale. Tant que toutes les voitures ne sont pas en Parc Fermé, et que tous les concurrents ne sont pas passés sur le podium, la vigilance doit rester maximale. Il y a toujours un peu de pression, pas mal de choses à gérer… C’est sans doute l’ironie de ce poste : quand tout se termine, c’est là que le directeur de course est le plus heureux !
Propos recueillis par Victor Andrès






































