Membre du comité directeur en charge de la commission sportive du MCGC, Charles-Henri Rey fait vivre l’héritage de son grand-père Jean-Charles et de son père Henry, Présidents emblématiques du club qui lui ont transmis leur amour du golf et du travail bien fait, et apporte sa vision moderne dans un univers en mutation.
S’investir dans le golf lorsqu’on est un Rey, est-ce un choix personnel ou une obligation ?
Il s’agit avant tout d’un choix profondément personnel même si ma famille est intimement liée au golf, mon grand-père ayant relancé l’association peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale. J’ai grandi sur le parcours du Monte-Carlo Golf Club (MCGC) et, d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours éprouvé un profond attachement pour ce sport, son exigence technique et l’ambiance qui y règne. Mon père avait aussi embrassé cette discipline très tôt, avec notamment un voyage familial à St Andrews (Ecosse). La transmission a fonctionné. Bien entendu, porter ce nom induit avec le temps une prise de conscience des responsabilités et des enjeux qui l’accompagnent. La passion reste mon moteur et me pousse à m’engager en plus de mes occupations professionnelles.
Quel est le premier souvenir qui vous lie au golf ?
Je devais avoir quatre ans. Mes parents avaient refusé de m’emmener avec eux sur le parcours un week-end, ce qui me fit verser des larmes toute la matinée. La passion était déjà là. (Rire) Ce souvenir reste marquant, précisément parce qu’il fut douloureux, contrariant à travers mon regard d’enfant, alors qu’ils avaient simplement décidé de me laisser dormir.
Quel type de joueur étiez-vous ?
J’ai toujours été un joueur très instinctif. Avoir été plus calculateur m’aurait sans doute permis de gagner un plus grand nombre de tournois amateurs de haut niveau comme celui de Biarritz en 2004, à tout juste 25 ans. Je pouvais parfois réaliser seize excellents trous, puis en manquer deux de manière fâcheuse, rendant difficile l’obtention d’une carte aussi bonne qu’espérée. Je me souviens notamment d’une belle performance aux Jeux méditerranéens de 2001 à Tunis, et ce malgré un dix-huitième trou très difficile qui m’avait très probablement privé d’un résultat exceptionnel.
L’idée d’une carrière professionnelle vous a-t-elle un jour effleuré l’esprit ?
Oui, j’y ai sérieusement songé. J’ai finalement privilégié d’autres voies qui m’ont alors paru plus raisonnables et porteuses d’avenir. Ai-je bien fait ? C’est une question sans réponse définitive, mais j’ai toujours pleinement assumé ce choix. Dans ma jeunesse, je me serais vu tenter ma chance malgré le faible taux de réussite, le chemin si incertain. Mon choix final fut donc tout à la fois celui de la raison et de l’envie de servir la population de la Principauté même si, j’en conviens, mon cœur battait très fort pour le golf et la compétition. Vous êtes à la tête de la commission sportive du MCGC.
Comment avez-vous accueilli les excellents résultats de la section »compétition » en 2025 ?
Avec le Président Michel Dotta, qui a pris la suite de mon père Henry après sa disparition en janvier 2025, notre vocation est de faire connaître le golf au plus grand nombre. Dans ce contexte, les succès de nos équipes premières dans les championnats nationaux représentent un début de consécration (voir pages 16 à 18) et viennent couronner, à titre personnel, un travail de 17 ans auprès des équipes, durant lesquels j’ai endossé les rôles de joueur, de capitaine, et même de logisticien. L’apport complémentaire de Matthieu Louppe, dont l’expertise du sport collectif nous a été précieuse, a aussi permis de construire progressivement un projet solide, de gravir les échelons, depuis la quatrième division amateure jusqu’à nos niveaux actuels, et surtout de stabiliser nos performances après chaque montée, ce qui n’est jamais aisé. Notre ambition reste d’atteindre un jour la première division.
Comment abordez-vous cet exercice 2026 ?
Avec pragmatisme et réalisme, conscients du niveau toujours plus élevé de la compétition. Pour progresser, nos excellents joueurs, masculins comme féminins, ont besoin d’être épaulés par des talents de qualité équivalente voire supérieure. Nous recherchons de jeunes joueurs de la région capables de s’inscrire dans un projet pluriannuel avec notre club. L’idéal serait d’intégrer des jeunes de 14 à 18 ans susceptibles de grandir avec notre structure, créant ainsi un lien durable avec Monaco, par la résidence, la scolarité ou des attaches locales. Cette approche vaut pour les deux sexes, car nous devons composer avec la concurrence féroce des autres clubs. Nos arguments sont évidents avec un groupe très qualitatif et un excellent état d’esprit. Notre noyau actuel est expérimenté, ainsi, nous cherchons à rajeunir l’effectif pour assurer une transmission de savoir-faire et perpétuer la dynamique collective, qui est notre véritable force.
La récente démocratisation de l’école de golf s’inscrit-elle dans cette réflexion ?
Absolument. Nous sommes partis d’un modèle restrictif, où l’accès était conditionné à avoir des parents ou grands-parents membres du MCGC ou employés au sein du club. En élargissant l’accès à tous les écoliers de la Principauté sous mon impulsion en 2024, nous avons quasiment triplé nos effectifs en deux ans, passant d’une vingtaine à une soixantaine de jeunes à l’école de golf. Cette réussite est soutenue par une équipe pédagogique renforcée (et que nous allons encore développer), ainsi que par un accueil très positif de la part de l’ensemble du personnel du club. Nous structurons la formation autour de deux axes, un entraînement rigoureux le mercredi et une approche plus ludique le samedi. L’objectif est double : transmettre la passion du jeu pour, à terme, former une base de jeunes joueurs talentueux et motivés qui pourront demain défendre nos couleurs en compétition.
Propos recueillis par Jérémie Bernigole






























