Déjà triple champion du monde et quintuple champion d’Europe, le résident monégasque Tom Mattoni a également remporté la médaille d’or des Championnats du monde de vol relatif à quatre Open avec l’équipe de France, le 23 octobre à Eloy (États-Unis). Le dernier grand titre qui manquait à l’incroyable palmarès qu’il s’est forgé à tout juste 22 ans. Bientôt de retour en Principauté, le licencié du Monaco Parachute Team aimerait pouvoir présenter au Souverain l’Excalibur, le fameux trophée décroché avec ses coéquipiers Damien Gouriou, Clémentine Le Bohec, Alban Rumolo et le caméraman Cameron Malié.
Tom, à 22 ans, vous êtes officiellement le plus jeune champion du monde de vol relatif à 4 Open, l’épreuve reine du parachutisme sportif. Qu’est-ce que ça vous inspire ?
C’est la concrétisation de mes rêves les plus fous. Quand j’ai commencé le parachutisme, ce titre me paraissait inatteignable. Le chemin parcouru est immense. Les Championnats du monde ont lieu tous les deux ans et sont considérés comme le Graal du parachutisme, puisque notre sport n’est pas olympique. L’équipe de France ne s’était plus imposée en VR4 Open depuis 2010. Avec mes coéquipiers du Team VR4 France Aethers, nous avions à cœur de dépoussiérer le palmarès.
Comment vous êtes-vous préparés en tant qu’équipe ?
Notre projet a commencé en 2022 avec cette édition 2026 comme objectif final. On a passé les quatre dernières années à travailler ensemble, et à tout gagner aussi, ce qui faisait de nous les favoris au titre suprême. Malheureusement, à deux mois des Championnats du monde, l’un des nôtres a eu un problème de santé qui l’a éloigné de la pratique. Cela a redistribué les cartes. Nous lui avons trouvé une remplaçante et nous nous sommes entraînés comme on a pu tout le mois de septembre. Notre cote a baissé compte tenu de ces péripéties, mais on était surmotivés à l’idée d’écrire l’histoire. Ce n’est pas tous les jours que nous avons l’opportunité de devenir champions du monde à Eloy, un lieu mythique considéré comme le berceau de notre sport. Tout parachutiste rêve de s’y imposer.

Quels étaient vos adversaires ?
La Belgique, qui envoie une équipe militaire, et ni plus ni moins que l’armée américaine, alias les Golden Knights, dont les budgets démesurés sont sans commune mesure avec les nôtres. Nous, on vit tous éparpillés en France et on se bat avec nos armes, c’est-à-dire comme des semi-pros. Nous avons l’emploi du temps et les exigences des professionnels, mais nous ne touchons pas de salaire en tant que compétiteurs.
Concrètement, comment se déroule la compétition ?
La veille des premiers sauts, lors de la cérémonie d’ouverture, les juges tirent au sort les enchaînements de figures à effectuer. Il faut savoir que la compétition, c’est dix enchaînements différents. Le but est d’en faire le plus possible en 10 rounds de 35 secondes.
Le premier a pris une tournure imprévue…
En effet, on perd pas mal de temps en ratant notre sortie de l’avion. À l’issue du premier saut, on se retrouve troisièmes derrière les États-Unis et la Belgique. On passe en tête lors du troisième saut, typiquement le genre de saut très rapide dont on raffole et qu’on travaille énormément. Malgré un coup de mou en milieu et en fin de compétition, notre avance était suffisante pour battre les Américains et les Belges, deuxièmes ex-aequo.

Quel effet ça fait de soulever l’Excalibur, le trophée consacrant les champions du monde ?
C’est tout un symbole. Cette fameuse épée se transmet de génération en génération, et le nom de chaque vainqueur est gravé sur le trophée. Inscrire le nôtre dessus, cela signifie qu’on a marqué notre sport à tout jamais. En 2026, nous étions les meilleurs du monde. Nous sommes entrés dans un cercle très restreint. On y restera à vie.
Maintenant que vous avez tout gagné, que comptez-vous faire ?
Je vais déjà prendre de longues vacances et bien décompresser après tout ce qui s’est passé. Après la compétition, je suis parti randonner avec des amis dans le Parc national de Sequoia (Californie). Nous mettrons le cap sur Los Angeles avant de rentrer à Monaco, début de semaine prochaine. Mon projet, maintenant, est d’intégrer la police monégasque. Étant enfant du pays et résident, j’ai toujours eu cette idée. Je pense que le moment est peut-être venu de tourner la page sportive et de préparer les concours…
Savez-vous si votre club, le Monaco Parachute Team, a déjà compté un champion du monde parmi ses licenciés ?
Si c’est le cas, on doit pouvoir les compter sur les doigts d’une main ! Ça représente énormément pour moi de gagner pour Monaco. C’est mon pays, celui dans lequel j’ai grandi. Je me sens presque plus Monégasque que Français. Monaco a énormément contribué à ma réussite. J’ai pris ma licence au club à l’âge de huit ans, et il m’a beaucoup aidé pour atteindre ce niveau. Je suis donc fier de ramener ce trophée en Principauté. J’aimerais beaucoup le présenter au Prince Albert II. Ce serait un deuxième rêve, et surtout une belle marque de reconnaissance pour ce que le pays m’a donné.
Propos recueillis par Jérémie Bernigole































