Installé à Monaco depuis une vingtaine d’années, le Docteur Philippe Afriat dirige l’équipe médicale du Rolex Monte-Carlo Masters. Il nous raconte sa semaine au milieu des meilleurs joueurs du monde… qui composent aussi une partie de sa patientèle à l’année.
Quelques cadres fixés sur les murs blancs de son bureau rappellent la passion sportive de l’occupant des lieux. Là, sa fille Charlotte franchissant la ligne d’arrivée du 100 m aux Jeux olympiques de Tokyo 2020 ; ici, des photos de tennis, la principale raison de notre venue. Neuf jours après la finale du Rolex Monte-Carlo Masters dont il dirige l’équipe médicale depuis 2018, le Docteur Philippe Afriat est déjà passé à autre chose. Son regard est tourné vers le play-in d’Euroligue que doit disputer la Roca Team le soir-même. Telle est la vie qu’il a choisie. « J’avais 13 ans lorsque j’ai voulu devenir médecin du sport », lâche-t-il d’emblée, avec cette tranquille certitude des gens qui ont trouvé très tôt leur vocation. Sportif dans l’âme et épris de montagne, il se rêvait « médecin d’expédition ». Il s’est réalisé autrement, par la mer et l’apnée, par les explorations scientifiques, aussi. Et puis, les compétitions internationales vécues « en inside » en 30 ans de carrière constituent en quelque sorte son Everest : une finale de Ligue des Champions, une autre d’Euroligue, un titre de Coupe Davis avec la Croatie de Marin Cilic… S’il n’a pas encore accompli son rêve himalayen, il a transposé son goût de l’aventure et du dépassement dans son cabinet du Centre médical international de Monaco, où défilent depuis plus de vingt ans les plus grands sportifs de la planète. Les tennismen ne font pas exception. Le docteur Philippe Afriat suit à l’année les résidents monégasques, et retrouve les autres en avril au moment du Masters 1000 de Monte-Carlo, qu’il a intégré en 2008 à la demande du regretté Patrick Coudert. Le matin de sa prise de poste, une silhouette l’attendait devant la porte à neuf heures : « C’était Boris Becker ! Avoir l’un de mes joueurs préférés comme première consultation, ça donne le ton ! »
L’ÉMOTION DE WAWRINKA
Chaque année, les têtes d’affiche de l’ATP remplissent sa salle d’attente. Jouissant d’une excellente réputation, l’équipe médicale du Rolex Monte-Carlo Masters s’est bâtie un dispositif tenant davantage de la clinique du sport que de l’infirmerie de tournoi : quatre médecins, huit kinés, un ostéopathe, un podologue, un département de physio, du matériel de rééducation, un accès à l’imagerie dans l’heure… « La prise en charge est constante, poursuit le médecin du sport, qui évoque des journées de douze heures et une moyenne de dix consultations par jour de compétition. Les joueurs se passent le mot et beaucoup nous sollicitent pour trouver l’origine de blessures ou de douleurs qu’ils traînent depuis longtemps. Vu qu’ils sont exténués après avoir enchaîné un mois en Australie et une tournée américaine éprouvante, ils nous demandent aussi des examens de prévention et des conseils pour bien gérer le passage sur terre battue. » L’édition 2026 fut plus calme que les précédentes, mais le flux ne s’est jamais tari. Les émotions non plus, avec la dernière danse de Stan Wawrinka à Monte-Carlo. « On a une relation particulière avec Stan, c’est un grand champion, mais surtout un mec formidable, plein d’humour. » Et Philippe Afriat de raconter cet instant surréaliste où le Suisse et Roger Federer enchaînaient les blagues dans l’espace médical une demi-heure avant de se jouer en finale (2014). « J’ai eu un pincement au coeur, c’est sûr, reconnaît-il, mais je ne vais pas le perdre de vue. Stan vit à Monaco, notre relation va perdurer. » Pas de quoi en faire une montagne.
J.B.






























