À 50 ans, Arsène Canet (Judo Club de Monaco) a décroché le titre de champion du monde vétérans des -66 kg, le 22 septembre à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine). Un sacre inattendu pour celui qui a renoué avec la compétition il y a seulement neuf mois, après 25 ans loin des tatamis.
Le licencié du Judo Club de Monaco Arsène Canet avait rendez-vous avec l’histoire aux championnats du monde vétérans de judo. Arrivé “en touriste” dans la catégorie des -66kg, selon ses propres termes, il repart avec l’or. Quelques jours après son sacre, le judoka raconte son aventure, le sourire aux lèvres et la tête dans les nuages. Pourtant, au départ, rien ne semblait gagné. “J’ai regardé la liste des concurrents : ils avaient tous un palmarès long comme le bras, participaient régulièrement aux championnats d’Europe et du monde… Moi, j’avais un palmarès vierge. Je me suis vraiment demandé ce que je faisais là”, lâche-t-il dans un rire. Dans sa partie de tableau, deux adversaires de taille : un double champion du monde portugais et un triple champion du monde brésilien. De quoi douter avant même de monter sur le tatami.
Flopée de Ippon
Mais au fil des combats, la confiance s’installe : “Au premier tour, je bats un Allemand. Ce combat était important, je ne voulais pas rentrer chez moi tout de suite. Sur place, je n’avais pas de coach, mais un cadre technique de la Fédération française, Philippe Taurines (ancien entraîneur des équipes de France olympiques), m’a aidé.” Grâce à ses conseils, Arsène adopte un judo plus relâché. “Je pense que c’est grâce à ça que j’ai gagné” Au deuxième tour, face au triple champion du monde brésilien, il crée la surprise en s’imposant par ippon. “Après ça, j’étais galvanisé.” La dynamique est lancée : il remporte également sa demi-finale par ippon et décroche son billet pour la finale face au Géorgien Gogita Menteshashvili. “Il avait un judo très croisé, basé sur la puissance. J’ai donc eu beaucoup de mal à imposer ma garde. Finalement, je l’ai piégé sur son propre terrain. Il attendait que j’attaque pour me contrer. J’ai laissé une porte ouverte et je l’ai piégé. Je ne pensais vraiment pas être à la hauteur, et finalement, si !” Arsène Canet décroche ainsi le titre mondial avec la manière : trois victoires par ippon en quarts de finale, en demi-finale et en finale.
Un retour gagnant
Judoka depuis l’enfance, Arsène Canet s’est éloigné des tatamis pendant près de 25 ans, privilégiant sa carrière dans la finance. Originaire de Normandie, il a débuté le judo à Alençon avant de poursuivre en sport-études à Caen. À la recherche d’un emploi, il finit par suivre les conseils de son père et s’installe en Principauté, qu’il n’a jamais quitté depuis. Le judo revient dans son quotidien il y a trois ans, presque par hasard. Mais renouer avec la compétition n’allait pas de soi. “Ce qui m’a ramené, ce sont surtout les autres. Loïc Piétri, l’entraîneur du JCM, d’abord, qui me disait que je pouvais faire quelque chose, mais aussi les jeunes du club. À force, ils m’ont inscrit au tournoi de Nice. Je n’étais pas préparé, mais le fait de gagner quelques combats m’a redonné envie. De moi-même, je n’aurais jamais repris la compétition.” Trois ans après son retour sur les tatamis, le voilà champion du monde. Une consécration inattendue pour celui qui n’imaginait plus rien sur ce plan.
Et maintenant ?
Du 22 au 26 octobre, les championnats d’Europe vétérans se tiendront à Portimão, au Portugal. Fort de son titre mondial, Arsène Canet abordera cette nouvelle échéance sans pression particulière. “Le premier objectif, c’est de prendre du plaisir. Ensuite, de ne pas me blesser et, pourquoi pas, de décrocher un podium. Maintenant, tout le monde va vouloir sa revanche. Le tableau sera quasiment le même. Je sais que je vais être attendu.” Car au-delà du titre, cette aventure représente surtout l’occasion de retrouver des sensations qu’il croyait perdues. Et les derniers mots qu’il accorde à notre interview le confirment : “Je voudrais simplement encourager la pratique du sport chez les seniors, et même au-delà. C’est vraiment agréable. Je redécouvre des sensations que j’avais quand j’étais jeune, et j’encourage tout le monde à aller dans ce sens, notamment pour la santé et le moral.”
Lisa Rohel






























