François Paturle, plume chevronnée du service des sports de Nice-Matin, a vécu au plus près l’irrésistible ascension de la Roca Team.
Il était une fois, un gamin d’Antibes qui allait voir jouer l’AS Monaco Basket dans la clandestinité la plus totale. Au milieu des années 80, la salle Gaston-Médecin et ses sièges jaunes est désertée par les spectateurs malgré le show assuré sur le parquet par deux « magiciens ». « L’association entre le génial Robert Smith et Billy Joe Williams valait pourtant le déplacement », se souvient François Paturle, qui prend « le train en cachette avec un ami » pour admirer le duo américain. Un crime de lèse-majesté pour un jeune ayant grandi à deux pas du stade Foch, l’antre du grand Olympique d’Antibes (OAJLP). Le destin a ceci de facétieux que Robert Smith rejoindra l’OAJLP en 1989 après la faillite du club princier et lui offrira un titre de champion deux ans plus tard. Ce même trophée qui échappera à l’ASM jusqu’en 2023 et ce sacre décroché à Roland-Garros… sous les yeux de François Paturle, devenu entre-temps journaliste du service des sports de Nice-Matin. « J’ai mené des études de droit jusqu’à la maîtrise, mais mon rêve a toujours été de commenter les matches à la radio comme Jacques Vendroux », retrace l’intéressé, qui désire alors vivre de sa passion auprès des sportifs. Nice-Matin lui tend une perche en 1992. Il commence par les faits divers à Nice, monte à Digne-les-Bains, redescend à Antibes et signe son CDI en 1996. L’actu locale d’abord, de plus en plus de sport ensuite. Et puis, en 2000, le chef du service lui demande : « Vous parlez anglais ? Ça vous dit de partir aux Jeux de Sydney ? » François Paturle croit « à une plaisanterie » mais non, il assiste en Australie au premier de ses sept rendez-vous olympiques.
DU FOOT AU BASKET
Sa couverture du sport monégasque commence par du foot. L’époque de Didier Deschamps, des Algeco de la Turbie, de l’épopée en Ligue des Champions et de Dado Pršo qui lâche, hilare : « Paturle, rien comprendre foot ! » « C’était l’âge d’or du journalisme, celle où tu pouvais parler librement avec le joueur et parfois l’interviewer chez lui », dit-il sans nostalgie excessive mais avec une pointe de mélancolie pour ce temps où la relation était humaine, où l’on se fâchait pour un article mais où l’on se rabibochait toujours ou presque. Cette proximité, il la retrouve à la Roca Team avec des personnalités attachantes comme Paul Lacombe et Yakuba Ouattara. Il couvre le club occasionnellement en Nationale 1, à temps plein à partir de la Pro B, et assiste depuis les premières loges à l’ascension la plus folle du sport »français ». Le journaliste est de tous les succès : la montée en première division décrochée à Saint-Quentin et fêtée avec l’équipe dans une boîte « champêtre » (2015) ; le sacre en EuroCoupe du « guerrier » Mathias Lessort et consorts à Kazan (2021) ; la première Coupe de France du club contre l’ASVEL (2023), la « bête noire » de ce supporter stéphanois. Sans oublier les Leaders Cup ainsi que ces deux Championnats (2023, 2024) remportés « logiquement ». « L’an dernier, on est passé près de la victoire en Euroligue, qui est le rêve ultime de tout suiveur de la Roca Team », reprend le journaliste. Il poursuit : « J’ai bientôt 60 ans, mais je me considère toujours comme un privilégié d’exercer ce métier passion, malgré ses contraintes. » François Paturle le promet : même à la retraite, il continuera de se déplacer comme à l’époque des magiciens, pour ne rien rater du spectacle.
J.B.






























