Avec une équipe bâtie en seulement deux petites semaines, le Monaco Rugby Sevens a raté de peu un deuxième sacre de champion de France de rugby à sept lors de la finale de l’In Extenso Supersevens disputée à Paris début février. Une déception, certes, mais une performance notable pour ce groupe sans vécu commun.
Deux minutes après une finale épique, mais perdue, face à Bordeaux-Bègles, Fabien Camin a explosé en sanglots. Abasourdi par la cruelle défaite, le coach du Monaco Rugby Sevens s’est accroupi, seul, le regard hagard sous les poteaux de la Paris La Défense Arena. Il a fallu le réconfort de ses joueurs pour le remettre sur pieds. Des larmes chaudes, symboles de l’amour profond qu’il porte pour le maillot rouge et blanc. « Ça fait mal au coeur. On s’est donné à 200 %, mais c’est la vérité du sport de haut niveau, cela se joue sur des détails, analyse le technicien monégasque. On va continuer d’apprendre, l’ADN de Monaco est de ne jamais baisser les bras. Je ne suis pas originaire de là-bas mais j’ai bien compris la culture et les valeurs de ce petit pays. »
DEUX SEMAINES POUR SE CONNAÎTRE
Au club depuis 2022, Fabien Camin a failli offrir à la Principauté son deuxième titre de champion de France de rugby à 7. Cela aurait presque eu une saveur d’exploit pour ce groupe bâti en seulement deux semaines. « Ce qu’on a réussi à construire face à des équipes qui jouent toujours ensemble, dans des infrastructures de clubs professionnels, c’est incroyable », félicite l’entraîneur. Pour cette finale nationale, les troupes du Monaco Rugby Sevens se sont réunies seulement mi-janvier à Soustons, dans les Landes, au centre sportif de l’Isle Verte. Une sorte de rentrée des classes dans un cadre bucolique pour des joueurs venus de tous horizons. Internationaux sud-africains à sept, spécialistes du rugby à quinze, Fidjiens, Néo-zélandais, Argentins, mais également des historiques de la première heure comme Johan Demai-Hamecher… Le contexte était particulier mais il a fallu apprendre à se connaître. « Le MR7, ce n’est pas que du rugby, c’est une aventure humaine, avoue Demai-Hamecher, capitaine et seul homme du groupe à avoir connu le titre de champion en 2022. On doit être efficace en peu de temps, ne pas être timide et tous faire un pas les uns vers les autres. » Ces frères d’armes ne parlaient donc pas la même langue mais causaient le même rugby avec une envie commune : inscrire une seconde fois le nom de Monaco au palmarès de l’In Extenso Supersevens.
UNE PANCARTE DE FAVORI
Comme depuis six éditions maintenant, c’est à la Paris La Défense Arena de Nanterre que se sont retrouvées les huit meilleures équipes françaises de rugby à sept. Huit candidats à la couronne nationale, dans un écrin réservé d’ordinaire aux virtuoses de la scène musicale internationale ou du Top 14. « Faut qu’on joue comme quand on était enfant ! Sans pression ! Même si les conditions sont impressionnantes », conseille Johan Demain-Haemecher avant le quart de finale face à Montauban. « Je découvre l’Arena, la pelouse synthétique, l’ambiance, le bruit, ça surprend », poursuit Paul Gadéa, habituel joueur de Pro D2 à Carcassonne.
Équipe invitée, avec des noms ronflants dans ses rangs et surtout forte de deux étapes remportées au coeur de l’été, les joueurs monégasques arrivent avec une pancarte de favori dans le dos, malgré leur faible vécu commun. « Ils veulent tous notre peau ! À nous de montrer qui on est ! », motivait le capitaine du MR7 à quelques secondes du début de la compétition. Et ce premier match a été difficile. Le manque d’automatisme s’est fait ressentir et le club princier est vite mené (0-12). Fabien Camin fait les cent pas, se gratte le crâne. Emmanuel Falco, le président, assis juste derrière le banc, garde son phlegme et son silence habituel mais les cuticules autour de ses ongles se souviennent encore de ce premier acte où pas grand-chose n’a fonctionné. Heureusement, les entrées de l’électrique Sud-Africain, Gerado Jaars, puis de l’expérimenté Thibault Mazzoleni, ont permis de s’extirper du piège tarn-et-garonnais (26-12). « Les premiers matchs sont toujours difficiles. On a fait le dos rond et on a ensuite mis notre jeu en place », décryptait Andrzej Charlat, joueur remplaçant, depuis les tribunes.
« LE PRINCE NOUS A ENVOYÉ UN MESSAGE »
Trois heures de récupération plus tard, le MR7 revient dans l’arène francilienne pour affronter Montpellier. Des Héraultais garnis de plusieurs joueurs issus de leur équipe de Top 14. Pourtant, Monaco ne doute à aucun moment et ne fait qu’une bouchée de la rencontre (19-5). Pour la troisième fois de son histoire, il se hisse en finale du Supersevens. « Ça c’est nous ! On a respecté le plan de jeu ! Maintenant on se concentre sur le dernier match ! Plus qu’un et on est champion », se projette Fabien Camin, en alternant entre le français et l’anglais au milieu de son groupe cosmopolite.
En finale, les Monégasques retrouvent une équipe qu’ils ont l’habitude d’affronter. « Avec l’UBB, on s’est joué à chaque étape. On les bat, ils nous battent… Il y a une petite rivalité qui s’est créée », annonce d’emblée Demai-Hamecher. Monaco tourne devant à la pause (5-0). Mais les Bordelo-Bèglais ne doutent pas. Ils se connaissent. Ils jouent ensemble depuis quatre ans et savent qu’ils sont meilleurs en fin de match. Et cela paye avec trois essais en deuxième mi-temps qui crucifient les partenaires de Thibault Mazzoleni (10-19). « J’aurais aimé une meilleure fin, mais c’est le jeu. Ils nous ont très bien contrés, on a laissé beaucoup d’énergie. C’était un match de haut niveau », avoue celui qui a disputé 70 rencontres avec l’équipe de France à sept.
« Un jour on le soulèvera de nouveau ce trophée, j’en suis sûr, relativise Fabien Camin, une fois les larmes séchées. Je suis fier d’eux. Ils se sont battus comme des chiens. Le rugby monégasque se porte bien. Depuis deux ans on a créé une équipe de développement. Elle est montée dans le circuit élite. On va s’appuyer dessus, on croit en la formation. Le MR7, on peut compter sur lui dans le paysage du rugby à 7. Bien évidemment qu’on va relever la tête et se remettre au travail. Même le Prince nous a envoyé un message de soutien. Je suis un compétiteur déçu mais j’ai hâte de préparer l’été prochain. »






























