Code Sport Monaco a passé un après-midi sur l’eau au plus près de l’école de voile du Yacht Club de Monaco, dont la section sportive, certifiée RYA en 2025, cherche aussi bien à former des champions que des professionnels de la mer.
Postée sur le perron de la section sportive du Yacht Club de Monaco (YCM), Carlotta regarde l’heure. « Ils ne devraient plus trop tarder », dit l’assistante en souriant. Il est un peu plus de 13 heures ce mercredi 11 mars, et comme chaque semaine, les enfants de l’école de voile déferlent par vagues régulières sur le quai Louis-II. Les plus jeunes enfilent leur combinaison, tandis que les grands, déjà autonomes, s’activent autour de leurs bateaux. On vérifie les équipements, on tend une sangle, on appelle un camarade à la rescousse pour soulever un dériveur trop lourd. La préparation est une affaire sérieuse, qui se fait ensemble. Petit à petit, le port se peuple de petites voiles blanches, rouges, vertes ou bleues. « En moyenne, une soixantaine d’enfants naviguent les mercredis », précise Tiziano Massa, qui n’oublie pas la « quarantaine d’adultes présents le samedi » ainsi que les « 2 000 scolaires par an ». Arrivé à Monaco en 2012, le chef de base nous propose d’embarquer avec lui pour suivre les petits marins. « La section sportive, que dirige Fanny Brouchoud, est composée de trois cellules : l’éducation, la compétition et les évènements sportifs, poursuit-il en démarrant le moteur. La première englobe l’école de voile, qui est accessible à partir de six ans. On commence sur de petits bateaux stables, parfaits pour les premiers bords, avant de passer à des embarcations plus exigeantes. L’objectif est de préparer les membres à un niveau technique de plus en plus élevé. » Son pneumatique fend l’eau calme du Port, où se trouve une nuée de bugs supervisés par Marco et Martino. On y croise aussi Vanessa et ses petits du jardin de mer, six et sept ans à peine. Il est 14 heures, et la Principauté offre des « conditions parfaites » : un ciel gris, menaçant, certes, mais des éclaircies posées sur une mer d’huile, un vent doux de 8 à 10 noeuds venu du sud-ouest, et des enfants impatients de prendre le large.
CERTIFIÉ RYA
Des adolescents de 12 à 15 ans s’affairent avec beaucoup de concentration sur les Fusions, ces petits dériveurs de 3,65 mètres. On les regarde manoeuvrer, ajuster leur voile. Certains gestes sont encore hésitants, d’autres fluides, presque instinctifs. Ils sont encadrés par leur moniteur Alex. Comme lui, Lélia, Nel, Rémi, Nico ou encore Paolo veillent sur les enfants ce jour-là. Tiziano Massa parle d’eux avec fierté : « La section sportive repose avant tout sur la qualité de son encadrement, composée de professionnels expérimentés qui veulent transmettre leur passion pour la mer. Qui sait, en allumant une petite étincelle chez certains, ils pourraient faire émerger un champion, un capitaine de yacht ou un broker ! » Autant de chemins de vie qui illustrent l’étape importante franchie en 2025 par le YCM, désormais certifié RYA Training Center. Ce label, délivré par la Royal Yachting Association, fait autorité dans le monde entier, du marin débutant au capitaine hauturier. « Cette reconnaissance confirme que notre structure répond aux standards les plus exigeants en matière de formation, de sécurité et de pédagogie, décrypte Tiziano Massa, lui-même détenteur du diplôme RYA Sailing Scheme Instructor. Elle permet également au YCM de s’ouvrir davantage à une dimension internationale dans le monde de la voile et du yachting, en renforçant les liens avec les grandes institutions de formation maritime et les acteurs majeurs du secteur. » Et d’ajouter : « Notre objectif est bien sûr la performance sportive. Nous accompagnons les jeunes souhaitant progresser, se dépasser et atteindre leur meilleur niveau. Mais notre mission va au-delà de la performance. Nous cherchons aussi à nous adapter aux aspirations et aux rêves de chaque jeune, afin de leur offrir de véritables perspectives pour leur avenir. » A Monaco, les premières certifications ont été délivrées durant les vacances scolaires d’automne. Un nouveau stage RYA est programmé au printemps, tandis que la période estivale invite davantage à l’amusement avec les SeAdventures Summer Camp.
DES STAGES PENDANT LES VACANCES
Bien qu’il ait déjà six années de voile derrière lui, Floyd, douze ans, ne sait pas encore s’il fera carrière dans le milieu marin. Ce qu’il peut dire, en revanche, c’est « qu’il a de bons entraîneurs » : « Grâce à eux, ça devient de plus en plus facile sur l’eau. » Cet après-midi, il travaille ses virages et s’exerce au vent arrière. « Je m’en sors bien », conclut-il, pas peu fier. A bord du pneumatique, on commence à comprendre ce que Tiziano Massa entend lorsqu’il parle « d’humilité », de « maîtrise de soi » et de « capacité à faire face aux difficultés », et qu’il assimile la voile à « une école de vie ». Se retrouver seul ou à plusieurs sur un bateau, c’est affronter l’inconnu et devoir composer avec : « Des problèmes, il y en a tout le temps quand on navigue ! Il faut être capable de les résoudre sereinement. Sur l’eau, les jeunes apprennent l’esprit d’équipe et deviennent plus responsables à travers des expériences qui les construisent, sportivement et humainement. » Le chef de base marque une pause, le temps d’observer un équipage qui file bon train, spi hissé et bien gonflé. « Notre plus grande récompense, c’est de voir les membres, enfants et adultes, prendre goût à la voile et progresser. Des gamins timides deviennent plus sûrs d’eux au bout de quelques sorties, s’amusent sur l’eau et se font des amis. La voile, c’est un réseau social réel ! » On arrive à la hauteur du Fusion sur lequel se trouve trois jeunes, dont Giorgio. Âgé de quinze ans, il nous offre un numéro d’équilibriste. Harnaché dans son équipement de trapèze, il se penche hors du bateau pour contrebalancer l’inclinaison avec une belle maîtrise. Cela fait trois ans que l’adolescent américain et sa petite soeur Elettra sont inscrits : « La voile est un très beau sport, efficace pour se changer les idées après l’école. On a découvert cet univers grâce à notre père, qui travaille dans le milieu. On adorait le suivre sur de grands bateaux. Notre passion est née ainsi, et on aimerait en faire notre métier. » C’est précisément cette trajectoire que la certification RYA entend baliser. Dans le yachting, les postes sont légion : capitaines, navigateurs, instructeurs, mais aussi courtiers, experts techniques, professionnels de la communication ou de la réglementation maritime… La Belle Classe Academy, centre de formation du YCM, complète ce parcours. « Le monde de la mer est immense, celui du yachting aussi, et tous deux ont besoin de futurs renforts. Nous nous souhaitons de pouvoir former un maximum de personnes à ces très beaux métiers, conclut Tiziano Massa. Et si nos membres choisissent un parcours différent, ils auront acquis des valeurs solides et des compétences humaines essentielles. » A 16 heures 30, les bateaux regagnent la terre, notre pneumatique son ponton. Les petits marins du YCM plaisantent en rangeant leur matériel, puis disparaissent dans l’après-midi. La mer, elle, attend déjà le prochain mercredi.
Jérémie Bernigole






























