Neuf années au Comité olympique monégasque, et un nouveau chapitre qui s’ouvre : Mathias Raymond a pris ses nouvelles fonctions au sein du Département des relations extérieures et de la coopération en février dernier.
Tout est une question de timing. Quand il apprend que Code Sport Monaco souhaite lui consacrer le deuxième épisode de sa série « Que sont devenus nos olympiens », Mathias Raymond sourit. « Ma carrière professionnelle vient justement de prendre un tournant », poursuit sans en dire plus le skiffeur monégasque, 18e des Jeux de Londres 2012 sous les ordres de son fidèle entraîneur Jean-Louis Antognelli. Rendez-vous est donc pris le 24 février au restaurant de la Société nautique de Monaco (SNM), le club qu’il préside depuis 2021, les pieds dans l’eau du port Hercule. Le quadragénaire apparaît sur le coup de midi, fendant la foule de promeneurs du quai Louis-II avec son vélo. Une scène relativement classique pour l’enfant de la SNM – il a pris sa première licence à 14 ans sur recommandation de son kiné -, à ce détail près qu’il n’arrive plus en provenance du Comité olympique monégasque (COM), mais du Ministère d’Etat. Après avoir salué ses collaborateurs et commandé un plat du jour, il explique : « Après neuf années passionnantes au COM, j’ai eu la chance de rejoindre à nouveau le Département des relations extérieures et de la coopération il y a quelques jours, où j’ai récupéré un portfolio d’organisations internationales dont je dois assurer le suivi. »
PÉKIN 2008 EN DÉCLENCHEUR
Un retour aux sources pour celui qui n’a jamais vraiment quitté la diplomatie, ni dans sa tête ni dans ses actes. Car avant d’être l’administrateur minutieux du COM, Mathias Raymond s’est construit sur deux fronts avec une méthode qui force le respect. De 2006 à 2012, durant ses années de compétition au Pôle universitaire de Lyon, il a mené ses études en parallèle sans jamais sacrifier l’une à l’autre. « Sachant que l’aviron n’est pas un sport professionnel et que je ne finirais jamais champion olympique malgré tous mes efforts, j’ai mis mon temps libre à profit pour passer tous mes diplômes », détaille le champion de France 2007, titulaire de deux masters, l’un en management et communication, l’autre en relations internationales et organisations non gouvernementales. Le tout obtenu alors qu’il s’entraînait deux fois par jour du lundi au samedi et disputait Coupes du monde et Championnats d’Europe. Ce goût pour la représentation internationale, il peut en dater l’origine avec précision. Désigné porte-drapeau de la délégation monégasque par le Prince Albert II à seulement 22 ans lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Pékin 2008, Mathias Raymond défile parmi les nations du monde entier et prend conscience, ce soir-là, que le drapeau rouge et blanc flotte aussi dans les différentes enceintes internationales : « Une porte s’est ouverte sur mon avenir, témoigne-t-il. Au-delà de l’honneur exceptionnel, ce moment aura été un déclencheur formidable, le début de ma vie d’après. » Dans la foulée des Jeux de Londres 2012, le skiffeur met un terme à sa carrière internationale, « soulagé d’en avoir fini avec la solitude inhérente au sport individuel », réussit le concours de l’administration monégasque et part en poste diplomatique comme troisième secrétaire à l’ambassade de Monaco à Berlin de 2013 à 2015 – année où il devient champion du monde d’aviron de mer à Lima avec Gaëtan Delhon, William Ader, Maxime Maillet et Pierre Zervos à la barre -, puis à Paris jusqu’en 2017, faisant ainsi ses armes auprès d’ambassadeurs chevronnés.
AVEC HUMILITÉ
Lorsque la secrétaire générale du COM, Madame Yvette Lambin-Berti, lui propose de mettre à profit son expérience de sportif et de diplomate au service de la cause olympique monégasque, il « n’hésite pas longtemps ». Sa mesure et son sens du relationnel sont vite remarqués et appréciés. Il faut dire que la gestion des relations avec le Comité international olympique, celles avec les fédérations sportives du pays, le suivi des athlètes nationaux – parfois dans un rôle de chef de mission – et le développement du dispositif Classe Sport Elite en collaboration avec l’Etat et la Direction nationale de la Jeunesse et des Sports, sont autant de dossiers demandant tact et ténacité. La communauté des petits Etats d’Europe lui confie même le poste de secrétaire général de leurs Jeux, une élection remportée de haute lutte face au représentant maltais, et dont il tire une refonte complète des textes réglementaires de l’organisation avec Jean-Pierre Schoebel. « Cette expérience a été très enrichissante car elle m’a permis de jouer un rôle dans un environnement international et de négociation, assure le Monégasque. J’ai vécu des aventures passionnantes au COM et j’en garderai des souvenirs formidables avec l’ensemble de l’équipe, notamment mon ami Damien Desprat. » Le voilà donc de retour au Ministère d’Etat. Une nouvelle fonction qu’il aborde avec « humilité » car, dit-il, les années dans l’univers olympique l’ont éloigné des enjeux régaliens. « Je m’attèle à me familiariser à nouveau avec les enjeux et positionnements auxquels doit faire face la Principauté. Pour cela, je bénéficie des précieux conseils et des orientations de ma direction et de mes collègues. Une mission très passionnante m’attend ! » conclut joyeusement Mathias Raymond, qui envisage aussi de participer à « une ou deux » compétitions d’aviron master. Réélu fin 2025 à la tête de la SNM, le jeune papa continue de diriger une entité trois fois de suite meilleur club d’aviron de mer en France, dotée d’une section para-aviron et d’un programme aviron-santé pour les personnes atteintes d’affection longue durée. Deux caps à tenir, comme toujours avec lui.
Jérémie Bernigole






























