Créée en 1975-76 sous l’impulsion du président Jean-Louis Campora, la pépinière de l’AS Monaco a célébré son demi-siècle d’existence le 19 avril en présence de ses principaux acteurs, qu’ils soient joueurs, dirigeants ou éducateurs.
Il y avait quelque chose d’émouvant à voir Jean-Louis Campora (93 ans), le regard toujours aussi vif, écoutant Frédéric Barilaro raconter le moment où l’ancien président de l’AS Monaco avait déchiré sa licence de joueur pour le forcer à devenir entraîneur à l’âge de 25 ans. La scène s’est déroulée lors d’une table ronde réunissant une soixantaine de personnes le 30 mars à la Diagonale, parmi lesquelles des dirigeants, des formateurs et des joueurs, tous ceux qui d’une manière ou d’une autre ont contribué au rayonnement du club princier au cours des cinquante dernières années. Un prélude intime avant les grandes célébrations du 19 avril au stade Louis-II. Car l’Academy, dirigée aujourd’hui par Sébastien Muet, n’est pas seulement une structure de formation, elle est un monument en Principauté.
UNE CONVICTION FONDATRICE
Pour comprendre ce qu’elle représente et comment elle s’est imposée comme l’un des meilleurs centres de formation européens, il faut remonter à 1975. Jean-Louis Campora vient d’être nommé président d’un club naviguant entre première et deuxième division. Sa conviction, pourtant, est totale : si l’ASM ne peut pas encore rivaliser avec les grands d’Europe sur le marché des transferts, elle peut former ses propres champions. Avec une clairvoyance rare, il s’entoure des meilleurs pédagogues tels Gérard Banide, formateur réputé de l’INF Vichy, et Pierre Tournier, qui fait des merveilles à Sochaux. Les premiers pensionnaires débarquent sur la Côte d’Azur, logent chez l’habitant rue Terrazzani, prennent leurs repas à la brasserie « Le Biarritz », place d’Armes. Les débuts sont modestes, les résultats, eux, fulgurants. Jean-Luc Ettori, Bruno Bellone, Manuel Amoros ou encore Claude Puel sont les premiers de cordée et pavent une voie princière aux héritiers : Thierry Henry, David Trezeguet, Lilian Thuram, Emmanuel Petit, Valère Germain, Kylian Mbappé… Les statistiques sont éloquentes : en cinquante ans, 148 joueurs couvés et polis à l’Academy ont disputé au moins un match professionnel avec l’équipe première. Parmi eux, 47 internationaux, dont 20 sélectionnés avec les Bleus. « Lors du match entre la France et le Sénégal à la Coupe du monde 2002, neuf joueurs étaient issus de notre centre de formation, se souvenait Jean-Louis Campora, ému. C’était le signe que nous avions eu raison de créer ces centres de formation, de leur donner les moyens de se développer et nous, d’avoir des entraîneurs spécialisés dans le recrutement et la formation des jeunes. » Au-delà des huit titres de champion de France, des épopées européennes, des cinq succès en Coupe de France et autant en Coupe Gambardella, l’AS Monaco peut s’enorgueillir d’avoir « fourni » à l’équipe de France quatre de ses buteurs en finale de grandes compétitions internationales. Bellone a inscrit le second but contre l’Espagne en 1984 (2-0), Petit a parachevé la démonstration face au Brésil en 1998 (3-0), Trezeguet a crucifié l’Italie en 2000 (2-1) et Mbappé est entré dans le grand monde contre la Croatie en 2018 (4-2).
UN RAYONNEMENT DÉPASSANT LES FRONTIÈRES
Le 19 avril, l’heure était aux retrouvailles et à la fierté. Plus de deux cents personnes ont défilé au Louis-II en amont de la 30e journée de Ligue 1 contre Auxerre, accueillies par les supporters et leur banderole : « 50 ans de formation à la monégasque, un club, une identité, notre fierté ». Un message simple et chargé d’histoire ayant trouvé un écho symbolique avec le coup d’envoi fictif donné par Ettori et Bellone, piliers de la première heure, au côté d’Abdel Bakayoko, plus jeune pensionnaire actuel de l’Academy, et de Maghnes Akliouche, pur produit maison retenu pour disputer la Coupe du monde 2026 avec la France. Après la rencontre, la fête s’est prolongée à La Diagonale, ce bâtiment de 4 000 m2 érigé à Cap-d’Ail et inauguré en 2022, où se trouvent des chambres, des salles de classe, un centre médical et même un restaurant. Tout pour que des adolescents éloignés de leur famille grandissent sereinement et s’entraînent dans des conditions optimales. Le Prince Albert II et le président Dmitry Rybolovlev y ont été accueillis pour visiter une exposition éphémère rassemblant des maillots d’époque, des photos inédites ainsi que le premier contrat d’Amoros signé en 1977. La reconnaissance est aussi venue de l’extérieur, quelques semaines plus tard. En mai, invité à la Premier League Youth Development Conference à Wembley, Sébastien Muet a présenté La Diagonale et sa philosophie devant les clubs anglais. Preuve que l’influence de la formation monégasque dépasse les frontières et que le savoir-faire local intrigue l’Europe entière. « La force d’une académie, c’est sa capacité à se remettre en question », a rappelé le directeur du centre de formation de l’ASM, avant d’ajouter que la fierté du club princier allait bien au-delà du « nombre de légendes et de joueurs professionnels formés par cette institution » : « C’est aussi celle d’avoir formé des gens qui, aujourd’hui peut-être, ne sont pas en première page des journaux, mais ont réussi à puiser à l’intérieur de la formation monégasque l’éducation, les valeurs, l’énergie et l’enthousiasme qui font leur vie active d’aujourd’hui ». La morale de ce cinquantenaire ? Le meilleur, à Monaco, est encore à venir.
J.B.






























