Du 24 au 26 avril, Monaco a vécu au rythme des moteurs d’antan. Pour cette 15e édition du Grand Prix Historique, la Scuderia Ferrari était à l’honneur, Jacky Ickx en étincelante ouverture. Trois jours d’émotions pures, de batailles serrées et d’une nostalgie qui, décidément, ne vieillit pas.
Il y a des week-ends qui vous rappellent pourquoi vous avez choisi ce métier. Sous les tentes du paddock, près de 200 monoplaces patientent, scrutées par des mécaniciens aux gestes lents et précis, comme des chirurgiens. Les premiers passionnés déambulent en silence, les yeux grands ouverts. Personne ne parle fort. Nous sommes dans un musée à ciel ouvert, et ça, tout le monde le sait.
JEUDI : LE CALME AVANT LA TEMPÊTE
Les vérifications administratives et techniques rythment cette journée de veille. Soudain, un attroupement se forme spontanément : Jacky Ickx arrive, humble, vers sa Ferrari 312 F1 de 1968, celle avec laquelle il s’était imposé au Grand Prix de France à Rouen cette même année. Quelques photos avec des fans, un sourire, puis il disparaît dans le camion vintage de la Scuderia. Dans les stands habituellement dévolus à la Formule 1 moderne, les moteurs de la Série G commencent à tousser, rugir, s’éveiller. À chaque allumage, les téléphones se lèvent en choeur. Le briefing pilotes se tient à 19h. Demain, les hostilités seront lancées.
VENDREDI : ENTRÉE EN MATIÈRE MOUVEMENTÉE
Journée libre d’accès et le public est venu en masse. Les huit séances d’essais libres se succèdent dans une atmosphère électrique, ponctuée de deux drapeaux rouges et de plusieurs évacuations de monoplaces. Le circuit de Monaco ne pardonne rien, et surtout pas en 2026. Jean Alesi l’apprend à ses dépens. Engagé en Série D au volant de la Ferrari 312 de 1969, le vainqueur du Grand Prix du Canada 1995 part à la faute à la chicane du Port, endommageant sérieusement l’avant de sa monture. L’abandon est immédiat, la déception visible. « Monaco ne pardonne rien », glisse un mécanicien, presque fataliste. Mais dans le monde des courses historiques, on ne baisse jamais les bras longtemps. À l’opposé, Michael Lyons régale. Le spécialiste britannique des courses historiques signe le meilleur temps en Série D avec sa Surtees TS9, et en Série F au volant d’une Hesketh 308E. Une démonstration de maîtrise qui annonce la couleur pour la suite.
SAMEDI : LA PARADE ROUGE EMBRASE MONACO
C’est le moment que tout le monde attendait. À 12h45, Jacky Ickx s’élance en ouverture de la Cavallino Classic Monaco Ferrari Parade. Pendant quinze minutes, le V12 de la Ferrari 312 de 1968 rugit dans les rues de la Principauté. Les yeux se ferment, les nuques se hérissent. Quand il rentre aux stands, la foule retient encore son souffle. Puis viennent les douze Ferrari, de la F300 de 1998 à la F150 Italia de 2011. La F2004 de Michael Schumacher, les F2007 de Räikkönen et Massa, la F2008 du champion du monde finnois. V8, V10, V12, une symphonie mécanique qui fait monter l’émotion. Chaque passage est une claque sonore. Les tifosi exultent, les plus jeunes découvrent, les anciens ferment les yeux. Les pilotes Fernando Alonso et Nico Hülkenberg sont dans le paddock, en spectateurs pour une fois. Bradley Cooper aussi. Et Paul Pogba, milieu de l’AS Monaco, côtoie Armand Duplantis, recordman du monde à la perche. Le Prince Albert II, lui, effectue un tour de circuit à bord d’une Bugatti Royale centenaire. Monaco sait recevoir. Côté piste, les qualifications tiennent toutes leurs promesses. Stuart Hall réalise trois poles positions en Séries B, E et G. Il s’impose comme l’homme à battre. La session de Série G est écourtée par l’accident de Piero Lottini dans le tunnel, heureusement sans gravité. Dans le box du Methusalem Racing, les mécaniciens d’Alesi ont fait des miracles toute la nuit : la Ferrari 312 est réparée. Le Français partira sixième en Série D.
DIMANCHE : DRAMA, PLUIE ET TRIOMPHE
Dès 8h du matin, la Série A2 lance les festivités. Mark Shaw s’impose brillamment au volant de sa Scarab F1. En Série A1, le destin frappe cruellement Richard Bradley : sa Maserati 4CL, qui filait vers la victoire, s’arrête dans le dernier virage du dernier tour. Patrick Blakeney-Edwards hérite d’un succès inespéré. Mais ce dimanche, le drame du jour a un nom : Jean Alesi. Malgré l’incroyable travail de son équipe, la Ferrari 312 tombe en panne quelques minutes avant la mise en grille. Le pilote ne prend même pas le départ. Le sport automobile peut parfois être d’une cruauté absolue… La pluie s’invite en fin de Série E, piégeant plusieurs concurrents à la Rascasse. Stuart Hall s’en sort, s’impose. Michael Lyons, lui, double la mise en Série F. Au total, Hall et Lyons remportent chacun deux courses. Une domination partagée, méritée, incontestable. La dernière course, la Série G, offre une conclusion spectaculaire, malgré plusieurs interruptions et un Stuart Hall imperturbable au volant de sa March 821. Sous le drapeau à damier agité par Paul Pogba, en présence d’Alexandre Grimaldi, Monaco retient son souffle une dernière fois. « Tu as fait mieux que Kylian Mbappé au Grand Prix de F1 ! Mais ton drapeau était un peu plus léger que le sien, il faut le dire… », sourit un commissaire de piste au champion du monde 2018. Des Bugatti et Alfa Romeo des années 30 aux F1 turbo des années 80, des icônes des années 2000 aux machines artisanales d’après-guerre, le plateau 2026 aura offert un voyage unique. Une évolution technique visible à l’oeil nu, du frêle châssis aux monstres de puissance. Le Grand Prix de Monaco Historique ne cesse de grandir, millésime après millésime. Rendez-vous en 2028 pour la 16e édition, du 5 au 7 mai !
Anaïs Riu






























