A chaque numéro, Code Sport Monaco vous propose de découvrir les personnalités du sport de la Principauté sous un autre angle. Eric Arella, directeur de la Sûreté publique, s’est prêté à l’exercice du « Qui es-tu ? ».
■ VOTRE PARCOURS ?
Quarante-trois ans de police, dont quarante-et-un et demi en France. A vingt-trois ans, j’ai réussi le concours de commissaire de police, grade le plus élevé, avant de consacrer trente-huit ans de ma vie à la police judiciaire quasi exclusivement dans le sud de la France, entre la Corse et Marseille, et une parenthèse de trois ans à Ecully comme sous-directeur de la police technique et scientifique. Avec le temps, je suis devenu l’un des spécialistes du grand banditisme méridional et du narcobanditisme, avec des dossiers touchant aussi au terrorisme, comme l’attentat de la Promenade des Anglais en juillet 2016. Aussi, j’ai présidé l’Entente Sportive de la Police de Marseille pendant plus de dix ans au total. C’était une responsabilité supplémentaire, mais elle avait du sens : montrer, par exemple, l’importance pour la hiérarchie de maintenir ses personnels actifs physiquement.
■ LA PLACE DU SPORT DANS VOTRE VIE ?
J’en fais beaucoup moins qu’avant, mais je n’ai jamais imaginé ma vie sans sport. C’est un besoin viscéral. Il faut que je touche le ballon. Il y a l’aspect physique, mais ce qui compte autant, c’est l’aération mentale. La pétanque, par exemple, exige une vraie concentration. Si vous arrivez la tête encombrée, vous devez tout chasser pour vous focaliser sur ce point précis, ce terrain, cette boule. C’est presque un exercice méditatif. Le sport a toujours été cette parenthèse-là pour moi. Une belle coupure, généralement en week-end.
■ VOTRE PREMIER SPORT ?
Le football, dès l’âge de huit ans, à l’Olympique Club Textile Rémois. C’est ma deuxième passion après mon travail. A treize ans, j’ai rejoint la Jeunesse Sportive Arménienne de Saint-Antoine, dans les quartiers nord de Marseille. Un club à la grande réputation amateur, plutôt viril, où j’ai été formé à l’école allemande par Gaby, un entraîneur fan de discipline et de rigueur. Dans l’équipe, nous n’étions pas des champions de la technique, mais on mouillait le maillot conformément aux vertus du club ! J’étais la tour de contrôle de la défense, déjà dans la sécurité sans le savoir. J’y ai joué jusqu’en Division Honneur. Lors de ma première affectation dans le Nord-Pas-de- Calais, j’ai pris une licence à l’Union Sportive Billy-Berclau alors présidée par Léon Bourgeois, ancien pro du Stade de Reims, et entraînée par Daniel Leclercq, qui n’était pas encore le Druide.
■ VOS AUTRES SPORTS PRÉFÉRÉS ?
La pétanque et le jeu provençal, deux disciplines que les gens confondent souvent, à tort, et que j’ai pratiquées très régulièrement, pas autant que le foot, mais sérieusement. J’ai dû disputer une vingtaine de fois les concours de La Marseillaise et autant de fois Le Provençal. Mon meilleur résultat reste un cinquième tour. Et puis il y a eu dix ans de courses de karting en relais dans les années 90, avec des amis, sur les circuits de la région, dont celui du Castellet qui reste le meilleur à mes yeux.

■ CELUI QUE VOUS PRATIQUEZ ACTUELLEMENT ?
Le foot en marchant. Je suis arrivé là par étapes. En cherchant à continuer le foot sans me blesser, j’avais trouvé le futsal avec des gens de mon âge à Marseille à raison de trois entraînements par semaine. Mais en arrivant à Monaco, impossible de trouver l’équivalent, les équipes étant plus jeunes. En échangeant avec des dirigeants de l’ASM Football, j’ai découvert le foot en marchant. J’ai vu qu’un club venait de se lancer à Monaco. J’y suis allé par curiosité et j’y ai adhéré, même si je dois vous avouer qu’il m’est encore difficile d’accepter de ne pas courir pour me replacer. (Il sourit.)
■ VOTRE MEILLEUR SOUVENIR SPORTIF ?
La Coupe du monde 1998. Le sélectionneur Aimé Jacquet était très décrié, le jeu n’enthousiasmait personne, mais cette équipe avait un supplément d’âme, une solidarité exemplaire. Elle est montée progressivement en puissance et la victoire finale a tout emporté. Juste derrière, je placerais la Ligue des Champions 1993 de l’Olympique de Marseille.
■ ET LE PIRE ?
La nuit de Séville, 1982. Je pourrais vous raconter ce match de la France contre l’Allemagne de l’Ouest (RFA) comme si c’était hier. On avait une équipe extraordinaire, Platini, Tigana, Giresse, Trésor… On mène 3-1, le match semble plié, et puis tout s’effondre. Outre Battiston qui se fait démolir par Schumacher – qui s’en sort sans carton -, on est rejoint au score et on perd aux tirs au but. Une défaite imméritée. Pour moi, cette équipe de France était l’une des plus belles qu’on n’ait jamais eues.
■ L’ATHLÈTE QUI VOUS A INSPIRÉ ?
Pelé. Le seul poster que j’ai collé dans ma chambre. A l’époque, il était la star brésilienne, le meilleur joueur du monde, l’attaquant qui marquait dans toutes les positions comme en finale de Coupe du monde 1970 contre l’Italie.
■ ET L’ÉQUIPE ?
L’Ajax des années 70. Cruyff, Neeskens et derrière tout ça, l’architecte Rinus Michels. Il avait opposé son football total au catenaccio italien, un jeu remarquable mais fermé. Les Néerlandais, eux, jouaient une partition extraordinaire. J’ai aussi beaucoup aimé l’OM de Skoblar, l’attaquant aux 44 buts en une saison, même si je lui préférais Salif Keïta, son grand rival de Saint-Etienne.
■ LE MÉTIER QUE VOUS AURIEZ AIMÉ EXERCER ?
Devenir journaliste de sport était mon rêve jusqu’au bac. Et puis il y a eu la discussion avec les parents, ce moment où on se raisonne. Je me suis convaincu que les débouchés étaient trop incertains. Très vite m’est venue l’idée du commissaire de police, ce qui n’avait strictement rien à voir. Personne dans ma famille n’avait fait ça. Je l’ai découvert en m’y intéressant, en discutant. Je me suis destiné au droit, avant de m’orienter vers le concours que j’ai réussi du premier coup.
■ VOS AUTRES PASSIONS ?
La lecture, de polars notamment. En 2018, avec deux clubs Rotary marseillais, on a créé le Prix de l’Évêché – du nom de l’hôtel de police de la ville -, qui récompense un polar dont l’action se déroule au moins partiellement dans le grand Sud-Est, de Toulouse à la frontière italienne, Corse et Monaco compris. Je préside le jury, qui s’est structuré avec des Rotariens et des membres de l’association d’entraide de la PJ de Marseille à parts égales. Nous sommes quinze à examiner une soixantaine d’ouvrages chaque année, à échanger mensuellement en visio pour retenir dix finalistes que chaque membre du jury doit avoir lus intégralement. Le gagnant n’apprend sa victoire que le soir de la remise, en mai, au cours d’une soirée caritative. L’intégralité des recettes est reversée à des associations liées à l’enfance dont Orpheopolis, l’orphelinat de la Police Nationale.
■ L’ANECDOTE QUE VOUS N’AVEZ JAMAIS RÉVÉLÉE ?
En 2013, je me blesse à l’épaule en tirant des boules à 20 mètres à l’entraînement. Alors en poste à Ecully où je jouais moins, je venais de rentrer à Marseille pour les vacances estivales et je préparais trois concours. Je pensais que la douleur disparaitrait avec le temps, donc je n’ai pas consulté. Pendant six mois, je ne pouvais plus tirer de la droite sous peine de ressentir une pointe. Alors, j’ai joué de l’autre… et je me suis découvert une main gauche ! Lancer de la gauche, ça crée des angles, ça surprend, ça débloque des situations obstruées. Les gauchers étant rares dans ces sports, ma main est devenue une arme que j’aurais éternellement ignorée sans cette blessure.
Propos recueillis par J.B.






























