Le dernier record du Mare Nostrum détenu par la regrettée Camille Muffat a été battu lors lors de la 43e édition du Meeting International de Monte-Carlo, les 23 et 24 mai. La première étape du Mare Nostrum a été jalonnée par de nombreux records dont six du circuit.
Un ange est passé. Lorsque le chrono d’Erika Fairweather est apparu sur les écrans du centre nautique Prince Albert II avec la mention « New Record », un moment de flottement a précédé la salve d’applaudissements. La Néo-Zélandaise venait de signer 4:01.80 sur le 400 m nage libre, effaçant la marque de Camille Muffat, vieille de treize ans. Michel Pou, qui a côtoyé la nageuse et ses proches, a senti sa gorge se nouer. L’entraîneur de l’AS Monaco Natation, également directeur technique du Meeting international, sait ce que cette piscine représentait pour la Niçoise. Guillaume Dazun, coordinateur du Meeting, a lui aussi marqué un arrêt : « C’était le dernier record de Camille au Meeting et au Mare Nostrum. C’était très particulier et émouvant de le voir tomber. Une page se tourne. »
UNE PRÉSENCE FAMILIÈRE
Championne olympique du 400 m NL à Londres en 2012, Camille Muffat n’avait que 25 ans lorsque sa disparition tragique, en mars 2015, avait secoué le monde de la natation. La jeune femme pétillante laissait derrière elle une carrière fulgurante et une affection immense dans le milieu, à Monaco plus qu’ailleurs. Entre 2006 et 2013, la Niçoise avait fait du bassin du Louis-II l’un de ses terrains favoris, cueillant treize victoires et y gravant huit records du Meeting ou du Mare Nostrum. Si les autres marques ont été battues par Siobhan Haughey ou Katinka Hosszu, celle du 400 m NL, ce fameux 4:02.84 établi en 2013, avait résisté inlassablement aux meilleures nageuses mondiales, encore très nombreuses cette année. Les applaudissements nourris à son évocation ont dit l’essentiel. Ce moment de recueillement passé, l’édition 2026 restera aussi dans les annales pour ses sept records du Mare Nostrum et du Meeting battus en deux jours sous les yeux du Souverain (23 et 24 mai) dans un climat festif et survolté. Du jamais-vu pour une étape inaugurale du circuit international. « En temps normal, on en attend un ou deux, pas plus. L’exceptionnelle récolte de cette année reflète la densité et la qualité du plateau », résumait Guillaume Dazun. Michel Pou abondait : « C’est clairement le meilleur meeting que nous ayons organisé depuis bien longtemps. »
DES PERFORMANCES DE HAUT NIVEAU
Plus de 350 nageurs venus de 53 nations, dont plus de 65 médaillés olympiques, mondiaux ou continentaux, ont fait halte en Principauté pour la première étape avant de rallier Canet-en-Roussillon puis Barcelone. Parmi eux, Kristof Milak, disparu des radars depuis sa défaite contre Léon Marchand aux Jeux olympiques de Paris 2024, a choisi Monaco pour faire sa rentrée, régnant en maître sur le papillon face à Maxime Grousset et Noè Ponti. Le Hongrois a remporté le 200 m et empoché le nouveau record du Mare Nostrum au 100 m (50.66). La Néerlandaise Marrit Steenbergen a fait exploser la marque monégasque du 100 m NL en 52.13 dans un final haletant face à Siobhan Haughey, qui avait elle-même amélioré sa propre marque du 200 m la veille (1:54.27). Mckenzie Siroky, l’une des stars du contingent américain, a battu à deux reprises le record du Mare Nostrum du 50 m brasse dans la même journée – en séries puis en huitième de finale – avant de s’imposer dans le tournoi de vitesse le lendemain.
Pavel Samusenko, lui, a conclu le tableau avec le record du 50 m dos (24.23). Des performances parmi tant d’autres – la nouvelle vedette américaine Ilya Kharun est passée à onze centièmes d’inscrire son nom sur les tablettes du circuit, pour ne citer que lui -, que le Prince Albert II a pu apprécier. Présent au plus près des nageurs en sa qualité de président de la Fédération monégasque de natation (FMN), le Souverain a tenu à saluer personnellement l’engagement des 80 bénévoles qui font vivre le Meeting depuis 1983. Un évènement qui se modernise d’année en année, avec cette saison l’ajout du Hero Shoot – une courte vidéo projetée sur l’écran pour introduire individuellement les nageurs – et d’un streaming live signé TV Monaco dès les séries du matin. « Pour la première fois de notre histoire, notre compétition était accessible à tout moment dans le monde entier », égrenait le coordinateur.
MONACO SUR DEUX FRONTS
Dans ce contexte de haute voltige, la délégation monégasque a composé avec ses contraintes. La plupart des jeunes nageurs avaient pour priorité immédiate les Championnats de France juniors de Chalon-sur-Saône (25-30 mai), certains ne disputant qu’une seule course le samedi matin à Monaco. « Une participation un peu particulière », assumait Michel Pou dans un sourire. Alors qu’il sortait d’une semaine d’examens à la Sorbonne, Issei Kim a tout de même décroché une belle sixième place sur 50 m NL (22.60) face au gratin mondial. Trois qualifications pour les finales B ont par ailleurs été obtenues le samedi : Gwen Domerego (200 m brasse), Evan Brett (200 m quatre nages) et Lisa Pou (200 m nage libre). Revenue d’un stage en altitude à Font Romeu, cette dernière a manqué d’une place la finale A du 400 m nage libre. « Elle n’est pas au meilleur de sa forme après avoir nagé 85 kilomètres la semaine précédente, mais il fallait se confronter à la réalité de l’adaptation, trouver des solutions », analysait l’entraîneur de l’ASM et la FMN.
La priorité immédiate pour la Monégasque était la quatrième et dernière étape de la Coupe du monde d’eau libre, le 20 juin à Setubal, au Portugal. Sixième, quatrième puis cinquième des trois premières manches du 10 km, elle était en position de jouer le podium au classement final. Mais l’horizon, lui, était plus lointain : Los Angeles 2028. « Pour se donner les moyens de bien préparer l’échéance, il faudrait décrocher l’une des quatre places qualificatives avant la course de sélection finale de mai 2028, espérait Michel Pou. Ce sera complexe, mais c’est notre objectif. » Lisa Pou n’était pas la seule à penser à ce rendez-vous. L’absence des Mondiaux cette saison a paradoxalement renforcé l’attractivité du Meeting, attirant de nombreux Américains comme Leah Shackley, impériale sur les épreuves de dos avec un triplé 50-100-200. « Les nations ont joué le jeu et ont contribué à diversifier les qualités et les styles de nage, relevant encore plus le prestige de l’évènement, concluait Guillaume Dazun. Vu l’intensité des nageurs, Los Angeles 2028 est déjà dans toutes les têtes. » A Monaco, la nouvelle page a déjà commencé à s’écrire.
J.B.






























